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mercredi 5 janvier 2011

Emeutes et tensions en cascade dans le pays : Octobre 88 – Hiver 2011 : troublantes similitudes


Depuis quelques jours, l’émeute est passée à un stade supérieur en Algérie. Il ne s'agit plus de mouvements sporadiques pour dénoncer le manque d’eau, les coupures de courant ou la mauvaise distribution des logements sociaux. La population dénonce aujourd’hui l’incroyable hausse des prix. Une augmentation qui concerne les produits de première nécessité tels que les huiles, les légumes secs et le sucre.

Même les produits frais n’échappent pas à cette flambée. Certes, l'augmentation des prix est le résultat d’une tendance mondiale. Exemples : en six mois, entre juin et décembre 2010, les prix du sucre ont grimpé de 99 % et ceux du blé de 64 %. Mais le simple citoyen ne comprend pas la complexité des marchés mondiaux. Pour lui, la vie est devenue trop chère en Algérie. Un pays qui affiche fièrement 155 milliards de réserves de change mais qui n’arrive pas à nourrir son peuple.

A Fouka, Chaïba, dans la wilaya de Tipaza, et à Oran, les jeunes sont sortis dans la rue pour dénoncer cette flambée généralisée des prix. La situation risque de se compliquer car le gouvernement n’a pas encore de réponse satisfaisante à ce qui se passe sur le marché. Sa marge de manœuvre semble très étroite.


Le débat sur la hausse des salaires va bientôt s’imposer de lui-même face à une inflation galopante, dont une partie est importée. Autre facteur aggravant : la pénurie. Après la longue crise sur le lait en sachet, un manque de farine sur le marché risque de mettre le feu aux poudres car cela entraînerait une pénurie de pain.

S’agit-il de crises entretenues ? Une chose est sûre : la situation actuelle présente de troublantes similitudes avec celle qui a précédé octobre 1988. En plus des pénuries et de la hausse des prix, il y a la rumeur. Comme à l’automne 1988, le pays est livré à de folles suppositions. Il y a d’abord ces absences prolongées du président Abdelaziz Bouteflika. Pour certains, il est malade et par conséquent il a réduit considérablement ses sorties publiques. Pour d’autres, l’effacement du chef de l’Etat est tactique. Il répond à un souci, devenu vital, de se replacer dans un jeu politique qui commence à lui échapper.

Les rumeurs persistantes sur la volonté de son frère, Saïd, de se présenter comme candidat à l’élection présidentielle de 2014 renforcent cette thèse. Comme elles suggèrent que la course à la succession est presque officiellement ouverte. Abdelaziz Bouteflika, qui a amendé la constitution en 2008 pour rester au pouvoir, sera contraint de se retirer par la force des choses. Mais, aura-t-il suffisamment de puissance pour imposer son frère et inaugurer un cycle du pouvoir héréditaire ?

Peu d’observateurs s’avancent sur ce terrain glissant, attendant que les choses soient moins couvertes d’ombre. La guerre au FLN, les répliques sismiques au MSP, les retours graduels du RND et du RCD peuvent signifier que la cartographie politique algérienne, figée pendant dix ans, reprend vie.

La rue va-t-elle trancher dans le vif ? La violence urbaine sera-t-elle l’instrument d’arbitrage politique comme en 1988? Possible. Toujours est-il que le discours pessimiste d’Ahmed Ouyahia au Conseil de la nation sur la situation économique du pays suggère qu’une mécanique s’est mise en branle pour accélérer la vitesse d’un changement. Ouyahia pourrait être juge et partie. Il sera amené probablement à basculer dans un camp, lui qui nourrit également des ambitions présidentielles en dépit d’une impopularité légendaire. L’hiver 2011 promet donc d’être plus « chaud » que tous les hivers de la décennie écoulée.


leBloggers

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