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mercredi 1 décembre 2010

Les chômeurs du Sud manifestent dans les zones pétrolières


Cette nouvelle manifestation de colère, qui s’est déroulée sans heurt, s’inscrit dans une logique de revendication tantôt agressive, tantôt pacifique, dont le cycle a été inauguré en 2004 par de violentes émeutes que la visite du chef de l’Etat n’a pu apaiser.

Le cortège de Bouteflika a d’ailleurs été lapidé à Touggourt. A Illizi, El Ménéa, In Salah, Hassi R’mel et Hassi Messaoud, le scénario est cyclique et identique dans ces zones pétrolières et gazières les plus riches du pays, où les jeunes, qui ont ces richesses sous les pieds, se plaignent du chômage discriminatoire motivé, entre autres, par des lacunes dans la maîtrise
des langues étrangères.

Lorsque le couteau est mis sous la gorge, l’émeute devient le seul moyen d’exprimer la détresse d’une jeunesse désemparée, lourdement frappée par le chômage et l’exclusion. Si cette donne est le commun de toute la jeunesse du pays qui se soulève périodiquement dans les villes du pays, la situation est encore plus difficile au Sud où les conditions climatiques et sociales sont plus critiques. Pressions, promesses, commissions d’enquête les font taire un laps de temps pour rebondir après. L’année 2010 a enregistré le plus de manifestations à Ouargla où les jeunes n’ont pratiquement pas déserté le bureau de l’emploi ou le siège de la wilaya. Issus de couches sociales très modestes, d’un niveau scolaire élémentaire et généralement sans diplôme, ces jeunes, qu’on appelle communément «main-d’œuvre locale non qualifiée», viennent de milieux sociaux où les études ne sont pas la règle et les conditions matérielles sont telles qu’une formation professionnelle est presque impossible.

Ajouter à cela l’inexistence de formations qualifiantes adaptées au secteur des hydrocarbures dans les centres de formation de la région, alors qu’un gisement d’emplois est à proximité, le recours à une main-d’œuvre, certes algérienne, mais venue d’ailleurs, et l’impuissance, voire l’incompétence des instances locales devant ce dossier ne serait-ce que par une communication efficace, nourrissent un sentiment d’injustice qui devient insoutenable. En août dernier, un groupe de chômeurs poussés à bout a tenté un suicide collectif sur le toit de la direction régionale de l’emploi (ANEM). Ils ont menacé de sauter dans le vide, si des postes ne leur sont pas proposés, et se sont tailladés les bustes avec des couteaux. Cependant, les interventions du directeur des moudjahidine et des policiers les ont dissuadés de se jeter du toit après leur avoir promis de régler le problème. Il n’y a eu aucune suite depuis, malgré une grève de la faim en face du siège de l’APW et un PV d’audition de la police à propos de leur tentative de suicide et de leur revendication.
Une grève de la faim similaire a été observée simultanément par des chômeurs de Hassi R’mel dans la wilaya de Laghouat, mais toujours sans résultat. La réaction des pouvoirs publics reste énigmatique. Des commissions d’enquête locales et interministérielles ont établi un diagnostic que la wilaya n’a jamais rendu public, le gouvernement a pris des mesures, dont la plus importante était le gel, du moins théorique, des sociétés de sous-traitance accusées d’esclavage de la main-d’œuvre, mais qui n’ont jamais cessé d’exercer à Hassi Messaoud. L’autre mesure à noter est la réorganisation du bureau de main-d’œuvre de wilaya qui a certes assaini les listes des demandeurs, mais n’a nullement apaisé la colère des chômeurs.


Pour différents observateurs, les pouvoirs publics de même que les représentants du peuple ont plusieurs crans de retard dans la compréhension et l’évaluation de la situation.
Après plusieurs commissions et changements à la tête des instances chargées de l’emploi, la phase du tout-sécuritaire a cédé le pas à l’indifférence. Entre temps, les jeunes s’organisent en ligue interwilayas et ne comptent pas s’arrêter là, ils veulent être entendus par des interlocuteurs responsables apportant des solutions durables au problème du chômage dans les wilayas pétrolières. Ils se disent déterminés à lutter pacifiquement par les voies de recours réglementaires.

Houria Alioua Elwatan
leBloggers

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