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mardi 28 décembre 2010

Laghouat : Des citoyens demandent une audience au wali, il leur envoie la police qui les tabasse


Ils sont partis exposer leur problème au wali, ils ont eu droit aux matraques de la police. Comme cela se passe un peu plus souvent dans certaines contrées d’Algérie. L’histoire se répète, mais cette fois ci elle a pour théâtre la ville de Laghouat, dans le sud d’Algérie, l’une des villes les plus riches d’Algérie du fait qu'elle abrite les champs pétrolières qui nourrissent l’Algérie. Sept modestes commerçant demandent à être reçus par le wali pour exposer leurs doléances. Le premier magistrat du département leur envoie des policiers qui les tabasse avant de les embarquer au commissariat.

L’histoire qui s’est déroulé mardi 28 décembre met en scène un groupe de 7 modestes commerçants. Ils sont là pour représenter leurs nombreux camarades d’infortune, commerçants ambulants comme eux, chassés depuis le ramadhan dernier du bout de trottoir dont ils s’étaient accaparés pour vendre quelques bricoles. Le jour où on les avait chassés, sans ménagements d’ailleurs, de la voie publique, on leur avait promis des locaux. Des étals, un toit même de zinc au dessus de la tête et un bout de papier officiel de la mairie qui reconnaîtrait enfin leur pitoyable existence. Ils ne demandent pas la lune, mais juste les moyens de gagner dignement leur baguette de pain et le sachet de lait de leurs enfants.

Des promesses de régularisation, il faut dire qu’ils en ont eu des dizaines de la part de tous les officiels qu’ils ont rencontrés. Fatigués d’attendre et de ne rien voir venir, ils se sont présentés ce mardi 28 décembre devant les grilles du siège de la wilaya. Quand on est un travailleur, même sans grade, on peut avoir la lubie de rencontrer le wali. Surtout une journée de réception. L’espoir est ténu mais il est têtu.

Armés de courage et d’espoir, les 7 commerçants ont poussé l’audace jusqu’à demander à être reçus par le wali. La réponse de l’auguste personnage barricadé derrière les portes capitonnées de son vaste bureau ne s’est pas fait attendre. Il a adonné ordre à la police de débarrasser les lieux de ces gueux le plus rapidement possible. Zélés, les policiers ne se sont pas fait prier pour tomber à bras raccourcis sur ces malheureux. A coups de matraques. Pas de discrimination. Tout le monde a eu sa ration de coups et d’insultes. Y compris la personne handicapée qui se trouvait parmi ses pauvres représentants.

A ce point de notre récit, surgit un personnage qui ne se contente pas du rôle de spectateur comme tous les passants sagement alignés sur le trottoir et qui se contentent de compter les coups, les plaies et les bosses. Lui est de cette race de représentant que les autorités n’apprécient guère. Et pour cause, il s’agit du représentant de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH). Yacine Zaïd est même président du bureau de wilaya de cette ligue.

Yacine tente d’intercéder en faveur des malheureux commerçants et crie à la face des représentants de l’ordre qu’ils n’ont pas le droit de faire subir un tel traitement à des citoyens venus pacifiquement exprimer une demande on ne peut plus légitime. Sûrs de leur bon droit, les policiers ne baissent pas les bras pour autant et répondent que l’ordre est venu du wali lui-même. Quand le wali ordonne de taper, ils tapent. Un ordre est un ordre et en bons policiers ils ne font que l’exécuter.

Yacine raconte : « Ces pauvres citoyens étaient sous état de choc. Tabassés et humiliés devant tout le monde. Même l’handicapé n’y a pas échappé. Un bataillon de policiers pour 07 malheureux commerçants, c’est vraiment exagéré ! Inadmissible ! »

Lorsque les coups cessent enfin de pleuvoir, les pauvres citoyens qui se faisaient vraisemblablement des idées sur l’état de droit dans leur pays ont été embarqués manu militari dans les fourgons de la police et conduits sirènes hurlantes jusqu’au commissariat. Ne voulant à aucun moment manquer à ses engagements de militant des droits de l’homme et à son devoir d’assister les citoyens démunis face à l’arbitraire, Yacine a tenu à être conduit au commissariat avec eux, dans le même fourgon cellulaire.

Arrivé au commissariat, la personne qui se trouvait être handicapée physiquement et diabétique de surcroît, pleurait en se tenant le bras tordu par la douleur. « J’ai passé mon temps à les supplier de le conduire à l’hôpital », témoigne encore Yacine. « J’ai enfin pu discuter avec le chef de sûreté à son arrivée. » Les choses ont alors commencé à rentrer dans l’ordre. A leur sortie du commissariat, les sept personnes se sont dirigées tout droit vers l’hôpital pour se faire établir des certificats médicaux. Ils comptent déposer plainte contre les policiers qui les ont molestés. Il leur reste à espérer que le fait de demander à rencontrer le procureur de la république pour une requête légitime ne donne pas droit au même traitement que lorsque on demande à voir le wali.

Ironie du sort, cette intervention musclé des services de l’ordre intervient le lendemain d’une sortie médiatique du premier patron de la sureté nationale, Abdelghani Hamel, lequel a promis une nouvelle politique de la police à l’égard des citoyens. Lors de son intervention à la radio nationale lundi 27 décembre, le directeur de la DGSN a été pourtant clair en matière de respect de la dignité humaine. Evoquant les conditions de la garde-à-vue, Hamel a affirmé ceci : « L'attention est accordée au respect des droits et de la dignité humaine à travers l'aménagement des locaux, l'amélioration de l'alimentation, l'information de la famille, les visites familiales et la constitution d'un avocat. La traçabilité est de rigueur parce qu'elle est prévue par les textes. Je ne tolère aucun abus, aucune insuffisance ou négligence. Dans ce cadre, sans préjudice des poursuites pénales, des sanctions disciplinaires lourdes seront prononcées si des violations relatives à la garde à vue sont établies. »

On suppose que ni le wali de Laghouat ni les policiers qui ont exécuté ses ordres n’ont eu le temps de lire les journaux. A Laghouat, située à 600 kms au sud d’Alger, il parait que la presse quotidienne arrive avec une ou deux journées de retard.

Récit Arezki Said DNA

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