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mercredi 28 juillet 2010

Yacine Zaid ou le syndicaliste du désert


« Même sans espoir, la lutte est encore un espoir » Romain Rolland


Par Youcef Aouchiche

Journaliste et militant de la LADDH


En l’espace de moins d’une année, il est poursuivi et cité dans pas moins de sept (7) affaires. Il est convoqué 28 fois par la justice algérienne pour répondre de ces actes de syndicalistes. Son seul tort est d’avoir dénoncé la « hogra », l’injustice, les harcèlements et l’humiliation.

Entre Hassi Messaoud et Alger, le syndicaliste traine un activisme débridé. Son action est toujours empreinte d’engagement, mais malheureusement pour lui toujours vitupérée par le pouvoir en place et ses appareils, y compris les grandes multinationales activant sur le sol algérien. Il est le Gavroche, le syndicaliste du désert, l’ébranleur d’Eurest Algérie, filiale de Compass Groupe, entreprise pétrolière exerçant dans le sud algérien. Destin exceptionnel pour un homme qui était un jour de janvier 2004 un simple agent de sécurité avant de devenir, 5 ans plus tard, une icône du monde syndical en Algérie.

« je ne me suis vraiment pas attendu à ce destin au début, mais au fil des jours, je me suis découvert une vocation façonnée par les conditions de travail dans le sud de mon pays », nous déclare l’intéressé. IL s’appelle, comme vous l’avez certainement deviné, Yacine Zaid.


Le militant épris du syndicalisme


Né un certain 23 septembre 1971 à Laghouat, Yacine Zaid est devenu, a 39 ans, un syndicaliste dont le nom a sillonné la majorité des titres de la presse nationale et dont l’affaire est portée dans les plus prestigieux canaux étrangers.

Ses mésaventures avec la justice algérienne et la société qui l’employait lui valent toutes les reconnaissances.

Depuis son recrutement a EUREST, M. Zaid a connu une succession des évènements qui frôle l’imaginaire.

Alors que les autorités algériennes ont consenti que leurs « ressortissants » dans le sud algérien (allez savoir pourquoi ils sont des ressortissants), subissent toutes humiliations de la part des multinationales, des voix comme celle de Yacine se sont élevées pour contester toutes formes d’harcèlement et d’exclusion en criant BASTA.

Humiliations, licenciement, poursuites judiciaires…sont devenues ainsi le lot quotidien de Yacine depuis la création de la section syndicale en decembre 2006. Pourtant, le syndicaliste aurait pu menr une vie en rose si…il en n’a pas voulu. Mais son destin en a voulu autrement.

Et pour cause, six mois à peine passés après son recrutement, il a été promu, en juin 2004, au poste de superviseur de la sécurité, vu son sérieux dans le travail, ses compétences et sa grande expérience dans le domaine.

Le mois de décembre 2006, il a reçu une prime ainsi qu’une lettre de remerciements et d’encouragements et d’encouragements pour ses efforts. Mais les choses ont pris contre-courant et les injustices sont là pour « dévier » sa «mission »

D’un travailleur dévoué et intelligent à un syndicaliste acharné, Yacine Zaid est en train de parcourir un brillant parcours de militant.

Dans un pays ou la hogra, l’oppression et la répression font loi, le syndicaliste garde toujours espoir du sursaut de la justice et des droits de l’homme. Comme tout citoyen épris de son pays, il cultive l’espoir suprême du triomphe de toutes les causes justes.


L’honneur plutôt que l’aisance dans l’humiliation


Le même mois de décembre 2006 ou les responsables de l’entreprise enchantaient Yacine, ce dernier a décidé, ç la surprise de ses employeurs, de crée une section syndicale pour arrêter ce qu’il qualifie d’un « apartheid » exercé sur les travailleurs du sud. Ce qui ouvre la voix à tous les excès et à toutes les pressions.

« Les conditions d’hébergement, de nourriture et d’hygiène sont déplorables et se dégradent de jour en jour : insuffisamment de lits, des couvertures à partager entre les salariés au repos. Ceux qui assurent la relève sont obligés de passer chaque mois à la direction pour faire des analyses de sang. 3 à 7 jours d’attente dans des conditions misérables, avant d’être transporté à son chantier d’affectation. Les propos provocateurs et humiliants se font entendre de plus en plus chaque jour jusqu’au soir ou le directeur des opérations, Bill Joël, d’origine belge et de nationalité française dit « vous les Algériens, vous ne méritez pas l’indépendance ! »

Lors d’une soirée dans les locaux de Schlumberger », assurait-il. Voilà ce qui réveille en Yacine l’esprit syndicaliste et qui en appelle à la résistance.

La suite est, on ne peut mieux, édifiante. En janvier 2007, Eurest refuse tout contact avec la section syndicale et déclare la guerre à son secrétaire général, Yacine Zaid en l’occurrence. Le directeur des opérations nie tous les droits de la section syndicale et verce dans la menace contre les employés promettant que ceux qui défendront leurs droits sociaux en payeront le prix. Après une répression aveugle des syndicalistes, Yacine est poursuivie en justice dans une affaire fabriquée de toutes pièces pour insultes et injures contre un responsable de la société (avril 2007)

Une machination visant la suspension de Zaid a été concoctée par suite et la section syndicale a été gelée le mois de juin de la même année par le bureau de wilaya de l’UGTA d’Ouargla, d’une manière douteuse et non conforme à la loi. Le même mois, la direction de l’EUREST suspend Tcine pour un délai indéterminé. Depuis, un carnaval de comparution devant la justice est observé.

Défiant donc la sauvagerie, les manœuvres des multinationales et l’obstination, la complicité et le silence coupable des autorités algériennes, Yacine Zaid ne compte pas baisser les bras.


Le grand sacrifice


Etreignait et enlacé par les multiples procès, au point d’être pris entre les caprices de l’arbitraire de la justice algérienne et les aléas d’une multinationale pataugeant dans l’esclavagisme et l’apartheid, le fils de Laghouat ne compte pas se laisser faire. Cette position lui coute toutes les représailles. Dans sa quête de justice et d’honneur, Yacine a dû sacrifier tout ce qu’il a de plus cher : sa femme en premier lieu, son travail, son domicile…etc. il a dû également faire un investissement ou il mettre tout son argent pour défendre sa cause et celle de tous les opprimés. Yacine soutient ceux et celles qui souffrent des mêmes injustices que lui. Le cas de Meryem Mehdi a laissé « solidaire » Yacine qui lui fait des visites régulières, alors qu’elle observait une longue grève de la faim, les mois de décembre-2009 et janvier 2010. Son regard est toujours porté sur la situation des travailleurs algériens, notamment ceux des multinationales. Il espère voir un avenir meilleur pour son pays et ces concitoyens. Mais pour y arriver, Yacine ne croit pas beaucoup aux miracles. Il privilégie et favorise la lutte, la solidarité et l’union. Afin d’échapper aux méandres de la routine et de la monotonie du chômage auxquelles il est confronté depuis son licenciement, il crie son blog et intensifie ses activités syndicales, dont le seul objectif est « la primauté de la justice sur tout autre considération ». comme disait une citation : « Si la faim fait sortir le loup du bois, l’injustice fait sortir le héros de sa léthargie », ainsi se résume la vie de ce « grand militant ».

Romain Rolland : écrivain français (1866-1944)

Errabita
4e Numéro


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