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mercredi 28 juillet 2010

Conditions de travail dans les entreprises privées en Algérie : Les victimes de l’esclavage moderne


Pas de contrat de travail définissant le statut ni la relation de travail entre l’employé et son employeur, pas de sécurité sociale qui est pourtant un droit consacré par la loi algérienne.


Telle est la triste réalité du monde du travail en Algérie. De nombreux salariés travaillant notamment dans des entreprises privées en souffrent. En dépit du « contrôle » exercé par les agents de l’Inspection du travail, de nombreux employés, qui travaillent parfois dans des secteurs à risque, continuent à « trimer » dans des conditions lamentables. L’application de la loi du travail exigeant des employeurs de déclarer les travailleurs demeure utopique. Les travailleurs, eux, sont soumis à un régime d’exploitation renforcé par certains employeurs avides d’un enrichissement rapide. Nous avons rencontré certaines victimes de cet esclavage moderne. Le témoignage d’un jeune père de famille, que nous nommerons Kaci pour le protéger, est édifiant. Père de trois enfants, Kaci subit de véritables supplices depuis une année. Employé en tant que chauffeur dans une entreprise privée implantée dans un quartier populaire de la banlieue d’Alger, cet homme ne bénéficie d’aucune couverture sociale. « Je connais mes droits et je suis conscient du risque que j’encours chaque jour. Mais, je suis contraint d’accepter ce travail. Je n’ai pas le choix. Je dois nourrir mes enfants », déplore-t-il.

Il n’est pas le seul à subir ce traitement. Notre interlocuteur nous cite les cas de ses collègues. Dans cette entreprise d’importation et de distribution de produits cosmétiques où il travaille, une vingtaine d’employés évoluent dans des conditions déplorables et sans aucune couverture sociale. « On est trois chauffeurs. Aucun de nous n’est assuré. On parcourt des milliers de kilomètres. On travaille de jour comme de nuit. Avec tous les risques qu’engendre ce métier, notre employeur ne se soucie guère de notre situation », dénonce ce chauffeur obligé d’accepter cette tâche, d’autant que le phénomène du chômage est de plus en plus important en Algérie. Selon lui, le manque d’emplois permet aux employeurs de piétiner les lois en vigueur auxquelles ils substituent leurs propres règlements. « Cela fait une année que je suis dans cette Eurl. Mon employeur nous a promis de nos déclarer à la Sécurité sociale. Nous avons même déposé des dossiers d’assurance. Mais jusqu’à présent, rien n’a été fait », lance-t-il. Côté salaire, c’est la catastrophe également.

Selon lui, les employés de cette entreprise perçoivent des salaires misérables qui n’atteignent même pas le SMIG. « Certains travailleurs ayant plus de sept ans d’ancienneté sont payés 14 000 DA le mois. Mais ils acceptent sans rien dire. Ils ne peuvent pas réclamer de peur de se retrouver de nouveau au chômage », raconte notre interlocuteur. L’autre drame de cette catégorie de travailleurs est la prise en charge des soins de leurs familles. N’ayant pas d’assurance sociale et pas d’allocations familiales, ces pères de famille sont toujours dans l’embarras quand ils doivent soigner l’un de leurs proches. Ce sont toujours des dépenses supplémentaires que leur maigre revenu ne peut supporter. Le témoignage de notre interlocuteur est encore plus choquant. Pour fuir la déclaration de ses employés à la CNAS, son patron recrute même des retraités en quête d’un second revenu. Malgré leurs conditions précaires, les 20 travailleurs en question ne comptent pas dénoncer leur employeur. « On ne peut rien faire. S’il (le patron) ose recourir à ce genre de pratiques, c’est parce qu’il y a quelque part des personnes qui le couvrent », estime-t-il.


Par Djedjiga Rahmani ElwatanleBloggers

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