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samedi 12 juin 2010

Rapport 2010 de la Confédération Syndicale Internationale (CSI)


Les droits syndicaux régulièrement bafoués en Algérie

La Confédération syndicale internationale (CSI), la plus importante organisation syndicale internationale, a rendu public hier son rapport 2010 des violations des droits syndicaux. Et la situation dépeinte sur le cas de l’Algérie n’est pas reluisante.



Ainsi, dans l’entame de son long réquisitoire, la CSI déplore le fait que « les nombreuses actions de protestation des syndicats autonomes ont été réprimées par les autorités, particulièrement dans le secteur de l’éducation et de la santé ». L’organisation internationale, qui défend les intérêts des quelque 176 millions de travailleurs qu’elle représente, et ce, à travers de 312 organisations affiliées dans 156 pays et territoires, dénonce les « amples pouvoirs d’immixtion des autorités algériennes ». « L’organisation syndicale est entravée par des restrictions excessives et les interventions du gouvernement », est-il accusé dans le document.

Pourtant, l’Algérie est signataire de moult conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail, garantissant ainsi, dans la législation du moins, les droits de grève ou d’activités syndicales. Toutefois, « les grèves légales sont difficiles à organiser, le gouvernement peut interdire une grève sans justification et l’état d’urgence fait que les sit-in et autres protestations sont des délits sévèrement punis par des peines de prison, pouvant aller jusqu’à 20 ans », énumère la CSI. D’autant plus que le contexte socioéconomique qui prévaut en Algérie est propice à la fronde ouvrière.

« Depuis la réélection pour un troisième mandat, le 9 avril 2009, du président sortant Abdelaziz Bouteflika, les violations des droits humains ont continué », condamne la CSI. « Fin 2009, la grogne sociale était de plus en plus manifeste », poursuit le rapport, signalant des indicateurs tels que l’inflation ou le pouvoir d’achat en berne des citoyens. Puis s’ensuit une longue liste, exhaustive, des nombreuses violations et répressions qu’ont eue à essuyer les travailleurs algériens. « Les syndicats autonomes de plus en plus représentatifs ces dernières années dans les secteurs de l’éducation et de la santé ont toujours autant de mal à faire entendre leurs revendications auprès des autorités », constate la CSI dans son rapport. Certaines de ces organisations n’ont d’ailleurs toujours pas pu se faire enregistrer et n’ont donc pas d’existence légale.

Mais plus grave, « leurs noms sont parfois usurpés par des dissidents soutenus par le pouvoir pour tenter de saper cette représentativité », prévient la CSI. Et à celle-ci d’épingler le mépris des autorités à leur égard, puisque « ces organisations autonomes ne sont quasiment jamais consultées. Ainsi, malgré leurs demandes, elles n’ont pas été associées aux négociations salariales triennales en fin d’année ». En sus, selon la CSI, « beaucoup de leurs actions de protestation, très nombreuses tout au long de l’année, ont été jugées illégales et durement réprimées ». Et de citer pour exemples le CNEC, le Snapap, le Cnapest, le Satef, l’Unpef, ou encore le Cla, dont les membres n’ont eu de cesse d’être malmenés par la police. Ces mêmes syndicalistes ont, en plus du matraquage systématique, aussi fait l’objet d’interpellations arbitraires, de révocations abusives et de harcèlements judiciaires récurrents.

Les syndicats autonomes en première ligne contre les autorités Mais l’Etat n’est pas le seul à être accusé de violer les droits des travailleurs. Ainsi, de nombreuses entreprises, qu’elles soient publiques ou privées, sont épinglées par la CSI pour leur hostilité à l’égard de leurs employés. Licenciée abusivement par British Gas, Myriam Mehdi avait entamé une grève de la faim, qui avait duré plusieurs semaines, menaçant dangereusement sa santé. Yacine Zaïd a été licencié par le groupe britannique Compass, et ce, juste après la création d’une section syndicale, à la tête de laquelle il a été élu. Des centaines d’employés d’Orascom Telecom algérie ont tenté d’observer, au cours de l’année, un sit-in afin de dénoncer l’absence de syndicat au sein de l’entreprise.

De même, la CSI dénonce, dans son rapport, les licenciements massifs de grévistes à la Sonatro, où plus de 300 employés ont été remerciés pour « abandon de poste », alors qu’ils tentaient de protester, au cours d’une grève, contre la situation précaire de l’entreprise. Par ailleurs, il est rapporté les pressions antisyndicales chez Electro-Industries, à Azzazga, les 80 dockers grévistes licenciés par le groupe Dubaï Port World, les 45 grévistes licenciés par le groupe limonadier Ifri, ou encore l’absence de dialogue social au sein de la société avicole Carravic, et le mépris de la direction à l’égard des travailleurs et de leurs représentants.



Par Ghania Lassal Elwatan

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