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lundi 4 janvier 2010

Sit-in de solidarité avec Meryem Mehdi, la « Aminatou Haïder algérienne »

Pour en finir avec la « principauté pétrolière » de Hassi Messaoud
Nous sommes tous des Meryem Mehdi ! », scande Yacine Zaïd, l’un des principaux animateurs du mouvement de soutien à l’ex-employée de British Gas, à Hassi Messaoud, qui vient d’être licenciée, et qui en est à son 24e jour de grève de la faim.
C’était lors d’un sit-in de solidarité organisé hier à la maison de la presse. Parmi les présents, des représentants de la LADDH, du comité des femmes, du Snapap ainsi que de SOS Disparus. Les manifestants brandissaient des pancartes de circonstance sur lesquelles on pouvait lire : « La femme algérienne n’est pas à vendre », « A bas l’esclavage de la multinationale British Gas », « Nous sommes tous avec Meryem Mehdi »…Yacine Zaïd improvise un speech dans lequel il explique le sens de l’action de protestation de Mme Mehdi : « Meryem Mehdi est en danger de mort. Elle ne demande pas une augmentation de salaire, elle défend notre dignité à tous ! », martèle-t-il. Yacine Zaïd sait de quoi il parle. Lui-même a fait l’objet d’un licenciement de la part de la société où il travaillait, à Hassi Messaoud toujours. « J’ai été licencié pour avoir revendiqué le droit de créer une section syndicale. Les multinationales exerçant dans le Sud ne veulent pas entendre parler du droit de créer des syndicats. La seule section syndicale qui existe remonte aux années 1970, sous Boumediène. Depuis, rien. Et quand, en 2006, j’ai voulu en créer une sous la houlette de l’UGTA, ça m’a valu les pires avanies », explique Yacine. Aussi, dès que le cas de Meryem Mehdi a éclaté, Yacine Zaïd était son premier relais. Sur son site internet ainsi que sa page facebook, le militant syndicaliste compile tous les documents, articles de presse et autres témoignages vidéo relatifs à la situation des travailleurs algériens dans le Sud, une situation qu’il n’hésite pas à qualifier « d’apartheid » (voir : http://yacine-zaid.mylivepage.com).
Un tabou nommé harcèlement
« Il y a une sorte de tabou sur la situation des travailleurs en poste à Hassi Messaoud, et particulièrement les femmes qui subissent toutes sortes de harcèlements », nous confie Yacine Zaïd, avant de lâcher : « C’est un véritable Guantanamo ! Et tout le monde est complice. Les droits sociaux des travailleurs sont bafoués et l’inspection du travail n’intervient pas. Ils sont traités comme des esclaves. » Pour lui, Meryem Mehdi est le symbole même de la femme qui se bat pour sa dignité et qui tient à briser justement ce tabou. De son côté, Khelil Abdelmoumen, secrétaire général de la LADDH, dira : « Nous soutenons l’action de Meryem Mehdi, car nous considérons qu’elle reflète un malaise profond à propos des sociétés qui activent dans le Sud algérien. Nous avons l’impression que ce sont des zones de non-droit où les lois algériennes ne s’appliquent pas pour tout le monde, notamment le droit syndical qui n’est pas reconnu. Les pouvoirs publics ne veulent pas s’occuper de ce genre de problématiques. Je pense qu’il faut ouvrir une enquête sur ces pratiques des sociétés étrangères qui bafouent nos lois. Il y a une omerta sur les dépassements dans le sud du pays. » Et de faire observer que « dans l’inconscient collectif des Algériens, le Sud est synonyme de Sonatrach, ce qui supposerait la présence d’une section UGTA ». Or, il s’avère que nos salariés sahariens ne jouissent pas toujours d’une « couverture syndicale », loin s’en faut. Pour sa part, le porte-parole de l’Association algérienne pour l’éradication de la pensée coloniale, Ahmed Bensaïd, qui était présent à ce sit-in, note que dans bien des cas, « istithmar » (investissement) rime avec « istiâmar » (colonisation). « Ces compagnies usent de pratiques néo-colonialistes. Les sociétés pétrolières en Algérie en particulier jouissent de prérogatives excessives et exploitent la main-d’œuvre algérienne sans vergogne », assène-t-il, avant de déplorer le silence des autorités sur le cas Meryem Mehdi, « le ministère de l’Energie et celui du Travail en tête ». « Hassi Messaoud est devenue une zone interdite aux Algériens et dans cette zone, il semblerait que l’indépendance ne soit pas tout à fait achevée », renchérit M. Bensaïd. Rappelons que lors de sa visite à Ouargla en mars 2004, le président Bouteflika et les membres de l’Exécutif qui l’accompagnaient ont été accueillis avec des pierres par les jeunes de la wilaya qui, par cette fronde, tenaient à dénoncer leur exclusion du marché de l’emploi généré par la capitale de « l’Algérie utile » comme l’appelle Aït Ahmed, sachant que Hassi Messaoud se trouve à 80 km à peine de la ville de Ouragla.
Un nouvel an comateux
Pour revenir à Meryem Mehdi, c’est suite à son licenciement qui lui a été signifié par une lettre datée du 5 novembre 2009 qu’elle a décidé d’entamer une grève de la faim illimitée à la maison des Syndicats, ceci afin de protester contre une décision qu’elle a estimée arbitraire. Au terme de 24 jours de grève, la stoïque employée de British Gas est dans un état critique. « Pour le 23e jour de la grève de la faim, on enregistre une grave détérioration de l’état de santé physique et moral de la gréviste de la faim », alerte le comité des femmes du Snapap qui parle de « non-assistance à personne en danger ». Nous apprenons ainsi que Meryem Mehdi a vécu le passage au nouvel an « dans un état comateux ». Pendant ce temps, British Gas se mure dans un silence inexplicable. En nous appuyant néanmoins sur la lettre de licenciement dont El Watan a obtenu une copie, nous pouvons décrypter tant bien que mal les mobiles de BG. La compagnie britannique justifie la rupture du CDI qui la liait à son employée par une mésentente sur la réorganisation du travail au sein de l’entreprise : « Vous avez été recrutée en vertu d’un contrat de travail en date du 15 mai 2007, en qualité de Administration & Operations Coordinator, pour exercer à Hassi Messaoud suivant le système de rotation 4x4 », peut-on lire dans ladite lettre. « La société a été contrainte suite à une réorganisation du travail de supprimer votre poste actuel qui sera remplacé par un poste de travail en continu, à raison d’une amplitude hebdomadaire de huit heures par jour, cinq jours par semaine. » « En application de cette nouvelle organisation, la société vous a proposé le même poste de travail mais en continu, conformément à l’article 4 du contrat de travail (…) Elle vous avait également donné le choix, contrairement aux nécessités de la société, de partir avec une indemnité de départ définitif correspondant à cinq mois de salaire. Par lettre en date du 29 octobre 2009, vous avez rejeté les deux propositions de la société BG, tout en exigeant une indemnité de départ exorbitante correspondant à 15 années de service. La société constate avec regret que vous refusez d’accepter le nouveau poste proposé, et ce, en violation de l’article 4 du contrat de travail. C’est pourquoi elle se trouve dans l’obligation de mettre fin à votre contrat de travail, avec effet à dater du 6 novembre 2009. » Voilà qui explique en gros les tenants et les aboutissements de cette affaire. Mais on l’a vu : tous ceux qui soutiennent Meryem Mehdi dans son combat se refusent à y voir un simple conflit social comme il y en a tant, susceptible d’être tranché, au demeurant, devant l’inspection du travail, au pire devant la chambre administrative du tribunal de Hassi Messaoud. Pour eux, Meryem Mehdi est une « Aminatou Haïdar algérienne » qui se bat, à sa manière, pour que les travailleurs algériens employés dans les firmes multinationales implantées dans notre vaste et précieux Sahara ne soient pas traités comme des « khamassa », des métayers des champs pétroliers, et pour que Hassi Messaoudi ne devienne pas une « principauté pétrolière » dans la république de Chakib Khelil…
Par Mustapha BenfodilELWATANleBloggers

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