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mardi 4 août 2009

Zaid Yacine...Gavroche à Hassi Messaoud


« Gentil garçon » à la silhouette frêle, rien ne le prédestinait à devenir, à son corps défendant, une icône de la révolte ouvrière à Hassi Messaoud et un porte drapeau des travailleurs victimes de « l’esclavagisme moderne ». Pour illustré son « ignorance » de ce monde cruel, il reconnait, sans honte, et même en riant : « Avant je confondais entre Sidi Saïd de l’UGTA et Saïd Saadi du RCD». Lui, c’est Yacine Zaid, un enfant de Laghouat, au climat dur. Il perd sa mère très jeune, à l’âge d’un an et fut élevée par sa grand-mère maternelle. Après une scolarité « ordinaire », il quitte l’école en 1987 et aide son père dans son travail. En 1994, il intègre la société américaine Bechtel, spécialisée dans les pipelines, et depuis, il « baigne » dans cet univers des sociétés pétrolières multinationales. « Un univers de hoggra et d’exploitation sans limites » indique-t-il. Après plusieurs boites, il atterrit à Eurest Support Services (ESS), une filiale du leader mondial de la restauration collective, installée à Hassi Messaoud, en 2004 comme agent de sécurité. Après deux années de bons et loyaux services pour lesquels il a été promu superviseur de sécurité. « Je vivais bien et je ne manquais de rien » affirme-t-il, mais « ce n’était pas le cas des autres travailleurs. Leurs conditions de vie et de travail était à la limite de l’entendement » souligne-t-il. Manque de sécurité sur les lieux de travail, manque d’hygiène dans les bases de vie, brimades, insultes… « Intenable ! ». Sa vie bascule complètement le jour où il a voulu, en compagnie d’autres travailleurs de l’entreprise, de créer une section syndicale pour défendre leurs intérêts. Une assemblée générale a été organisée sous l’égide de l’UGTA et il fut élu secrétaire général. Depuis, c’est la descente aux enfers. La direction d’Eurest refuse de la reconnaître au mépris de toutes les lois. Pour le punir et lui faire passer son envie de « jouer les héros », la direction commence à lui chercher « la petite bête ». « Des histoires invraisemblables et même ridicules » avoue-t-il. Négligence dans le travail, insultes envers les responsables…etc. Après plusieurs démêlés avec eux dans les couloirs des tribunaux, des condamnations, des pressions, des intimidations et des tentatives de corruption, la société finit par trouver la faille et « le mettre dehors ». La section syndicale a été gelée par le secrétaire général de l’Union de Wilaya de…l’UGTA. Et c’est ce moment là que la direction a choisi pour « frapper ». S’ensuit alors un véritable « combat contre le mal » personnifié par les responsables d’Eurest. Sans boulot, traîné de tribunal à un autre, en bute à des contraintes familiales e lâché par l’UGTA, Yacine résiste encore. Il lance, à lui tout seul, une véritable campagne sur le net. Il créé un blog, puis un site et fait face à une série de plaintes en diffamations. A chaque fois, bien sur, il ouvre sa porte à un huissier de justice qui lui ramène sa convocation de justice. « Des fois j’envois jusqu’à 500 mails par jour » affirme-t-il. Il reçoit des soutiens du monde entier. Cela l’encourage et compense « le silence local ». « J’ai foutu ma vie en l’air pour dénoncer ces monstres là. J’ai divorcé d’avec ma femme, j’ai vendu ma maison et j’ai esquinté ma santé… Je n’ai plus rien à perdre. Ma dignité n’a pas de prix » clame-t-il avec rage. Au-delà du combat de Yacine pour faire valoir ses droits et réintégrer son travail, c’est toute la situation des travailleurs, faite de misère et d’exploitation, générée par ces nouveaux exploiteurs des temps modernes, dont la devise et le maître mot sont : Profit, profit et profit, qui se profile.

Par Boudjemâa Medjkoune AlgérienewsleBloggers

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