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samedi 17 décembre 2016

L’Algérie est dirigée par « un petit cercle de généraux », selon l’éditorialiste du New York Times

Le New York Times a consacré, chose rare, son éditorial du vendredi 16 décembre à la situation de la liberté d’expression en Algérie. 
Le grand journal américain explique que pendant des années, le président Bouteflika a supprimé la contestation à travers « une combinaison de subventions publiques généreuses et de répression politique ». 
Selon le journal, la formule a « aidé l’Algérie à éviter les révoltes du Printemps arabe en 2011 », mais elle a aussi « retardé le développement économique du pays, dépendant du pétrole, et entravé les aspirations démocratiques ». 
Pour le New York Times, l’Algérie a adopté en mars réformes constitutionnelles « encourageantes » pour une démocratie plus ouverte, y compris des garanties pour la liberté de la presse.

« Un petit cercle de généraux »

Mais ces garanties constitutionnelles se sont avérées « vides de sens », estime le journal qui évoque la mort du journaliste Mohamed Tamalt le 11 décembre. Le journal rappelle que Mohamed Tamalt a été accusé d’offense au président et de diffamation des autorités. “Sa mort est une tache sur le gouvernement Bouteflika”, dénonce le journal. 
L’éditorial rappelle que Mohamed Tamat n’est pas le premier journaliste à subir les foudres du gouvernement cette année.
Pendant ce temps, écrit le journal, le gouvernement, mené par « un petit cercle de généraux et d’officiels du renseignement », a « échoué à apporter une solution aux problèmes chroniques de l’Algérie ».
Le pays, poursuit le New York Times, reste presque entièrement dépendant du pétrole et, avec la chute des prix, le gouvernement a aussi « perdu de sa capacité à faire persister les subventions qui ont permis de maintenir le calme ». « Peu d’efforts » ont été faits pour faciliter l’investissement étranger ou pur créer des emplois.
C’est cela, conclut le journal, et non la dissidence, qui est un réel danger pour la stabilité de l’Algérie. Et « cela ne fera que prendre de l’ampleur si la critique légitime et les protestations continuent d’être réprimées ». 
 
TSA
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Amnesty international demande la libération de Hassan Bouras

Alors que les autorités juraient qu’aucun journaliste n’irait en prison en Algérie, voilà que la réalité prouve le contraire.

Un journaliste, Mohamed Tamalt, est décédé en situation de détention et un autre, Hassan Bouras, purge une peine d’une année de prison à El Bayadh. L’organisation Amnesty International (AI), qui appelait le 10 décembre dernier, Journée internationale pour les droits humains, à la libération des deux journalistes détenus pour leurs opinions, réitère aujourd’hui son appel aux autorités algériennes pour la libération de Hassan Bouras, car Tamalt a malheureusement quitté ce monde sans avoir repris sa liberté.
Journaliste et membre dirigeant de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, Hassan Bouras a été condamné le 28 novembre, par le tribunal de première instance d’El Bayadh, à une année de prison pour «dénonciation de faits de corruption». Bouras a été poursuivi pour une vidéo montrant des habitants d’El Bayadh accusant de hauts responsables de l’appareil judiciaire et sécuritaire de la ville de corruption et d’avoir incarcéré des innocents. Hassan Bouras est déclaré coupable de «complicité d’outrage à un auxiliaire de justice, à des agents de la force publique et à corps constitué». Il est condamné aussi pour «pratique illégale d’une profession légalement réglementée» pour avoir filmé une interview diffusée sur la chaîne Al Magharibia. Hassan Bouras, indique Amnesty, «est aujourd’hui incarcéré à la prison d’El Bayadh, où il souffrirait de rhumatismes qui se sont développés durant une précédente période de détention dans le cadre d’une autre affaire, il y a un an.
Les autorités enquêtaient à son sujet pour ‘‘outrage à corps constitué’’ et pour avoir ‘‘incité des citoyens à s’armer contre l’autorité de l’Etat’’ ou à ‘‘s’armer les uns contre les autres’’», une infraction passible de la peine de mort, en raison de posts publiés sur facebook. Il avait été libéré le 18 janvier 2016 après plus de trois mois de détention provisoire pour cette première affaire.
N.B.ELWATAN
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vendredi 16 décembre 2016

Algérie : lettre ouverte à Mohamed Tamalt

Le blogueur et journaliste algérien Mohamed Tamalt est mort en détention ce dimanche 11 décembre 2016 après six mois de grève de la faim. Une semaine après, sa consoeur Ghania Mouffok lui écrit une longue lettre ouverte qui met directement en cause l'appareil d'Etat.


 



Quand Mohamed Tamalt a été arrêté devant chez lui, chez lui sous les yeux de sa mère qu'il était venu embrasser, le 27 juin 2016, il s'est immédiatement mis en grève de la faim, le jour même.

Peut-être avait-il compris qu'il était tombé dans un sale piège et qu'il ne lui restait que son corps pour se défendre avant même d'être jugé. Il avait déjà perdu sa liberté de circuler : interdit de quitter le territoire par décision n° 04 116, et dépôt de son passeport au niveau du greffe du tribunal à Alger.


Mis en cause par un service qui n'existe plus

Face aux agents du DRS, le Département du Renseignement et de la Sécurité, soi-disant dissous, dans une caserne enfermé, comme s'il était devenu une menace pour la sécurité de l'Etat, c'est là qu'il a peut-être compris ce qui se jouait pendant que nous, nous regardions ailleurs, pendant sept mois de violence sur ce corps qui aujourd'hui a été rendu à sa famille sans aucun égard, mais des condoléances des autorités pénitentiaires qui, à aucun moment, n'ont jugé que ce corps avait droit à la paix, au repos, de la vie à la mort. Du 27 juin au 11 décembre.

C'est dans une couverture de la morgue qu'il a été rendu, sans linceul et sans cercueil, ni même une ambulance. Et, pendant que son frère, son aîné Abdelkader essayait d'avoir des informations, courait dans les couloirs de l'hôpital à Bab El Oued pour savoir si la funeste information donnée par des journalistes était vraie, pendant qu'il courait, "la machine" a continué de fonctionner et a estimé par les pouvoirs qu'elle se donne, qu'elle prend, qu'elle vole par la décision d'un procureur de la république, qu'elle avait encore le droit de pratiquer sur ce corps malmené une autopsie.

Les photos de ce corps sont insupportables. Non pas parce qu'elles fixent la mort d'un homme mais par l'histoire qu'elles racontent. La couverture au niveau de son crâne est encore maculée de sang, et une cicatrice comme celle que l'on fait sur des sacs de blé avec une grosse aiguille monte du bas de son ventre jusqu'au haut de sa poitrine.

A qui appartient le corps d'un Algérien mort en détention ?

A qui appartient le corps de Mohamed Tamalt ? Pendant que son frère courait, un médecin légiste lui ouvrait le ventre avant même d'avoir informé sa famille, sans l'autorisation de ceux qui l'aimaient. Que cherchait-il et de quel droit ? N'était-il pas mort entre leurs mains ? Et, le communiqué des autorités pénitentiaires ne venait-il pas d'être rendu public, quelques heures avant l'autopsie, comme une auto-absolution : nous avons tout fait pour le sauver contre lui même mais nous avons échoué, il est mort, Allah ghaleb, affaire classée.

Selon cette version officielle on apprend, trop tard, que le 1er aout le corps de Mohamed Tamalt aurait donné les premiers signes de son épuisement "hypoglycémie". Il est alors enfermé à la prison d'El Harrach, en isolement et en grève de la faim depuis 35 jours. Seul, avec pour seule arme son corps, alors qu'il pense encore qu'il lui appartient. Le 20 aout, soit 19 jours plus tard, alors qu'il est désormais enfermé à la prison de Koléa, après avoir été condamné à 2 ans de prison ferme, il est "transféré en urgence à l'hôpital de Koléa", pour le curieux diagnostic de "difficultés de concentration". Sur quoi aurait-il dû se concentrer ?

Là, après un "scanner" et des "analyses biologiques", les médecins ne décernent "aucun dysfonctionnement". Pourtant le lendemain, le 21 aout, il est "évacué au CHU Mohamed Debaghine de Bab El Oued où il est hospitalisé au service de réanimation pour subir une imagerie à résonnance magnétique (IRM), qui a mis en évidence un accident vasculaire cérébral (AVC) dû à une hypertension artérielle, nécessitant une intervention en urgence pratiquée par un neurochirurgien."

Le communiqué précise que "suite à cette intervention, le concerné a été placé sous respiration artificielle et son état s'est amélioré au point de reprendre conscience, de communiquer avec l'équipe médicale et de se remettre à une alimentation normale." Puis la version officielle perd la trace "du concerné" jusqu'au 1 er décembre 2016, jour où "les médecins ont décelé une infection pulmonaire et l'ont mis sous traitement, avant d'effectuer le 04/12/2016, un drainage pleural dont un échantillon a été envoyé à l'Institut Pasteur."

Que s'est-il passé de la fin aout au début du mois de décembre ? Soit pendant plus de trois mois, septembre, octobre, novembre. Quel était l'état de conscience de Mohamed Tamalt pendant qu'on le scannait, l'opérait, qu'on lui ouvrait et fermait son corps ? Et sa famille a-t-elle été associée à ces soins, aux décisions médicales prises, a-t-elle eu le droit de communiquer avec le corps médical ? Et quel rôle "La machine" a-t-elle fait tenir dans cette sale affaire au corps médical qui a accepté de soigner Mohamed Tamalt sans informer au moins sa famille de ce dont il souffrait et des gestes mis en œuvre pour tenter de le sauver ?

A qui appartient le corps d'un Algérien en détention ? A qui appartient le corps de Mohamed Tamalt ? Lors de son hospitalisation, ajoute le communiqué, "sa famille a pu suivre son état de santé, et la prise en charge médicale qui lui a été réservée (...)"
Le 17 août, était déjà dans un semi-coma, il ne m'a pas reconnu.
Maître Mechri, avocat de Mohamed Tamalt
Faux, s'insurgent ses avocats, maître Sidhoum et maître Mechri, ainsi que la famille à travers la voix de sa mère et de son frère. Maître Mechri qui lui a rendu visite le 17 aout 2016 alors qu'il était encore à la prison de Koléa affirme qu'il "était déjà dans un semi-coma, il ne m'a pas reconnu, il voyait mal parce qu'il n'avait pas ses lunettes. Trois jours plus tard il était transféré d'abord à l'hôpital de Koléa puis à celui de Bab El Oued et dès lors, impossible de lui rendre visite : "Dès le 25 août, j'ai fait une demande au Parquet Général, puis j'en ai envoyé quatre autres, et chaque fois, il m'était répondu que notre demande était à l'étude et que nous aurions une réponse après étude de la demande, en tout, nous avons dû faire au moins sept lettres. Cela veut dire qu'il y avait quelque chose à cacher, pendant trois mois il nous a été interdit de le voir, même à l'hôpital il y avait la police, des gardiens devant sa porte."

Ses avocats ne seront autorisés à le voir que "20 jours avant son décès", au mois de novembre, maître Sidhoum déclinera la proposition, "je savais qu'après ils utiliseraient cette mesure pour faire croire que les droits de Mohamed Tamalt avaient été respectés". Maître Mechri choisit de se rendre à son chevet : "Il était dans le coma, il avait un tuyau dans sa gorge, il lui ont ouvert la gorge pour qu'il puisse respirer. Comment peuvent-ils dire aujourd'hui qu'il mangeait normalement ? Pour moi, c'est un assassinat masqué."

Que s'est-il passé à Koléa ?

La question est permise depuis le jour où son frère Abdelkader, après une visite clandestine au chevet de son frère, a alerté la presse, les opinions et ses avocats de quelque chose de suspect au niveau de son crâne : point de suture ? blessure ? hématome ? Nul ne sait. Une plainte a été déposée devant le parquet de Koléa par ses avocats depuis des mois... sans suite à ce jour. En guise de punition, le frère devra se battre, de rédaction en rédaction, en novembre, en octobre, pour avoir le droit de visite, un droit qu'il n'aura qu'avec parcimonie pendant que les avocats sont interdits d'accès au dossier médical. Pourquoi ?  

Le 11 décembre 2016, Mohamed Tamalt décède, seul, sans personne pour lui tenir la main. Emprisonné jusqu'à la fin. Dépossédé de son corps, son seul recours face à la machine judiciaire et policière qui ne s'est pas contenté de l'emprisonner, mais s'est approprié ce corps inconscient comme s'il n'était déjà plus le corps d'un homme revendiquant le droit d'user de sa liberté, mais son objet. Un jouet que l'on ouvre et que l'on ferme en toute liberté, que l'on scanne, que l'on ouvre et que l'on ferme, que l'on couture du bas du ventre jusqu'à la poitrine même quand il a cessé de respirer.

Et aujourd'hui, il faudrait croire que c'est en toute liberté que ce corps séquestré a choisi de mourir, sourd à la sollicitude de "La machine" qui aurait tout fait pour qu'il cesse de mourir. Accepter cette thèse ce serait faire injure à la mémoire de cet homme de 42 ans qui ne s'est pas battu pour mourir mais pour vivre en homme libre d'écrire... y compris des conneries. Et sa fin de solitaire témoigne d'un courage qui force le respect et nous met tous face à notre lâcheté, celle d'hier et celle d'aujourd'hui. 

"La machine" à broyer les grandes gueules 

La mort de Mohamed Tamalt n'est ni un accident, ni même une bavure, elle est inscrite dans le champs des possibles chaque fois que "La machine" à broyer les grandes gueules comme la sienne est mise en marche. "La machine" n'a rien de très sophistiqué. Sa seule force est d'avoir des droits infinis et indéfinis qu'elle affirme appliqués en vertu de la loi en toute justice, une justice rendue au nom du peuple et en public.

Pour Mohamed Tamalt, 42 ans à peine, elle s'est mise en branle le jour même de son arrestation, le 27 juillet. Le jour où, arrêté, il est conduit comme un soldat dans une caserne de la police militaire, alors qu'il est journaliste et que personne ne l'accuse d'avoir porté atteinte à la sécurité intérieure. Il est juste accusé d'offense à presque tout les membres de l'appareil d'Etat, depuis leur mère jusqu'à leur fille. Des offensés dont il a eu le courage de citer les noms et les fonctions, mais qui jamais ne seront mêlés à cette affaire avec leurs corps et leurs os, laissant le soin à "La machine" de faire payer l'offense. Jamais ils ne déposent plainte, jamais ils ne se constituent en partie civile, laissant au procureur au nom de l'ordre public de traduire en justice l'accusé. Leur temps à eux est précieux ainsi que leur honneur, le temps des autres leur appartient.

Dans cette caserne Mohamed Tamalt est interrogé, il y passe la nuit déjà affamé. Le premier bras de "La machine", l'appareil policier, a fait son travail qui consiste à mettre le cadre dans lequel sera désormais autorisé à se mouvoir son corps. L'officier de la police militaire connaît son travail et rédige son rapport dans lequel il propose comme première mesure de lui interdire de quitter le territoire national, de lui confisquer son passeport algérien, et le met de fait en détention provisoire. Son passeport britannique ne lui sera d'aucun secours, si tant est que les autorités anglaises l'aient jamais considéré comme un compatriote.

Dés le lendemain, le 28 juin, c'est au second bras de "La machine" de se mettre en mouvement : l'appareil judiciaire. Mohamed Tamalt comparait devant le procureur de la justice civile qui, informé par le rapport de l'officier de police militaire, ordonne sans surprise l'interdiction de sortie du territoire et son passeport est déposé au greffe du tribunal, et sans surprise maintient la détention provisoire. Mohamed Tamalt est enfermé à la prison d'El Harrach. L'appareil militaro-policier a fixé le cadre, l'appareil judiciaire vient de le sceller, tout baigne dans l'huile.

Deuxième jour de la grève de la faim. Une semaine plus tard, la première audience s'ouvre devant le tribunal de Sidi M'hamed, tout est en place, les robes noires et la balance de la justice, le drapeau, le public, le procureur, le greffier et madame le juge. La séance est ouverte. Mohamed Tamalt est poursuivi pour atteinte à la personne du président et offense à corps constitué en vertu des articles 144, 144 bis et 146 du code pénal. La défense est nombreuse, avec à sa tête maître Amine Sidhoum et maître Mechri, dans un tel cadre elle a choisi comme stratégie de défense de ne pas aller sur le fond, les écrits du prévenu étant jugés difficiles à défendre de l'avis de tous, Alger n'est pas Londres, mais de mettre en lumière la procédure pénale et de ses vices.

Je n'ai pas de texte de loi qui me permet de le libérer.
La juge
Premier vice de forme : selon le code de procédure pénale, (art 51), la détention provisoire est possible dès lors que le crime ou le délit pour lequel est poursuivi le prévenu est passible d'une "peine privative de liberté". Or, ce n'est pas le cas, la peine maximale que risque alors Mohamed Tamalt est une amende. En conséquence, en concluent ses avocats, c'est en homme libre qu'il doit comparaître devant le tribunal et de demander sa libération avant qu'il ne soit jugé. Malheureusement, explique madame le juge : "Je n'ai pas de texte de loi qui me permet de le libérer". En effet, "La Constitution algérienne, modifiée en février 2016, interdit la détention arbitraire et insiste sur le caractère exceptionnel de la détention provisoire. Cependant, elle ne garantit pas l'accès à des voies de recours utiles pour contester devant un tribunal le bien-fondé de la détention et accorder une remise en liberté si elle est jugée illégale", note avec justesse Amnesty International qui suit de près le procès, en vain.

En clair, même si la loi n'est pas respectée, aucun recours ne permet de déjuger une injustice. Une omission bien utile pour rendre justice dans le cadre fixé et scellé par "La machine". "Vous n'aviez pas non plus de texte de loi, lui répond Maître Sidhoum, pour l'emprisonner. On ne peut pas cautionner ce genre de violations." La défense se retire. L'audience est renvoyée au 11 juillet, une semaine à peine. Mohamed Tamalt en est à son 15 jour de grève de la faim.

Le jour même du jugement, se souvient Amine Sidhoum, le tribunal requalifie les faits, retire l'art 144 bis et le remplace par l'art 144, qui lui prévoit une peine de prison maximale de deux ans. D'une pierre deux coups, Mohamed Tamalt risque désormais de perdre sa liberté et le premier vice de procédure est évacué des débats. Mais il y a un autre vice et celui là il est énorme. Tellement énorme qu'aucune justice au monde qui se respecte ne peut refuser de le voir. "La machine" va le faire.

Un mystère...

Dès l'ouverture de la séance il est brandi par la défense : sur tous les documents de la police judiciaire transmis au procureur de la république on retrouve le cachet du DRS, avec signature de l'officier de police judiciaire et tampon. Or le service de police judiciaire du DRS a été dissous par décret présidentiel publié au JO en septembre 2013 et nous sommes en 2016. Les documents ne sont pas secrets, ils sont publics, "c'est un mystère", n'en revient toujours pas la défense de Mohamed Tamalt. Dans n'importe quel pays qui se respecte, un vice de forme aussi grossier aurait dû entraîner, si ce n'est la fin des poursuites, au moins un autre procès. Comment peut-on juger un homme sur la base de rapport d'un service de police judiciaire, fut-il militaire, qui n'existe plus ?

Si la loi n'est pas une digue à l'arbitraire, qui pourra défendre Mohamed Tamalt ? Ses avocats se résignent à plaider. Mohamed Tamalt refuse pourtant de se soumettre. A ses écrits qu'il défend face à ses juges, il ne changera pas une virgule. Verdict sans surprise : deux ans de prison ferme, peine maximale, confirmé en appel. Jamais "La machine" ne se trompe. Quand au pourvoi en cassation déposé le 17 août il est désormais sans corps. A Amine Sidhoum, il avait confié à la prison d'El Harrach, après le premier renvoi : "Je n'arrêterai pas cette grève de la faim même si je meurs, je resterai sur leur conscience toute leur vie."

Mission : défendre la caste dirigeante

Mais ne le savait-il pas ? Mohamed Tamalt n'avait pas en face de lui des consciences avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que lui, il avait en face de lui "La machine". "La machine" qui, quand elle se met en marche, met en mouvement tous les appareils à sa disposition, dressés avec une précision d'horloge pour exécuter le travail à travers des fonctionnaires sans illusions qui savent avec exactitude ce que l'on attend d'eux... Quoiqu'il arrive, quitte à transformer un hôpital en annexe de prison.

Sa mission n'est pas de rendre la justice mais de la faire pour défendre une caste minuscule qui se donne le droit de vie et de mort sur la bagatelle de quelques dizaines de millions d'Algériens, tous suspects de comploter contre leur pays, l'Algérie, un pays qu'elle s'est asservie, tels des janissaires de passage. Le plus souvent, "La machine" se contente de voler le temps des autres, mais parfois, parce qu'elle n'est pas conçue pour reculer, presque par inadvertance, elle broie, elle vole la vie d'un seul, et c'est alors qu'elle apparaît : monstrueuse.

Sous ses dehors anodins, normaux, familiers au point de devenir invisibles, en avalant la vie d'un seul, elle se révèle alors dans l'horreur de ce qu'elle représente, le pouvoir absolu. Totalement irresponsable. "La machine" porte un nom : dictature. Et Mohamed Tamalt n'était pas un prisonnier de droit commun mais un prisonnier politique auquel la Dictature n'a reconnu aucun droit, même pas celui de disposer de son corps. Sa seule arme, avec laquelle il espérait la combattre, si ce n'est la vaincre et qu'elle s'est contenté, derrière les murs du silence, de retourner contre lui. Si un jour il devait y avoir une enquête, ce sera celle que nous ferons... ou ne ferons pas.

TV5MONDE

 

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Grévistes de la faim : Proteste ou «crève» !


Ils dénoncent, ils crient, ils débrayent, ils marchent… mais leurs voix ne sont toujours pas entendues. Ils font des grèves de la faim sans pour autant avoir gain de cause face à un interlocuteur «silencieux» et en l’absence de «toute médiation sociale».

«Grève de la faim, c’est-à-dire crever. Face à un interlocuteur qui ne réagit pas et reste insensible à l’action aussi critique, il faudrait à tout prix l’éviter. C’est l’ultime recours pour faire valoir les droits, mais…» Bachir Hakem est un enseignant en colère et surtout déçu. Enseignant au lycée technique d’Oran, il est aussi porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA).  En avril dernier, il faisait partie des cinq enseignanats ayant entamé une grève de la faim pour soutenir les collègues contractuels et vacataires et exiger leur intégration dans le secteur de l’éducation sans passer par le concours de recrutement.
Une cause finalement perdue.  Au quatrième jour, ils ont mis fin à leur action de protestation jugée «suicidaire». «Après des sit-in, des rassemblements, une grève puis une marche de Béjaïa jusqu’à Alger où nous avons été bloqués à Boudouaou, la seule voix qui pouvait être enttendue, c’était la grève de la faim. Il s’agissait d’un genre de suicide. Ça allait se propager à d’autres protestataires.» Pour Bachir Hakem, «rien ne mérite tout cela», surtout que les grévistes ne sont pas protégés par la loi.
«Juridiquement, il n’y a pas de texte qui cite le droit à la grève de la faim», nous explique maître Rachid Aiche, même si l’aspect non-assistance à personne en danger est cité dans tous les cas. Aussi juridiquement, la responsabilité, en cas de complication de santé ou de mort, comme c’est le cas pour Mohamed Tamalt, incombe directement, explique maître Salah Dabouz, à l’institution opposante, c’est-à-dire à l’interlocuteur ou l’autorité à laquelle le gréviste exprime sa doléance.
«La loi ne cite pas la grève de la faim comme un droit mais ne l’interdit pas. Nous sommes dans une action humaine. Il est normal qu’une personne conteste avec cette action aussi pacifique quand elle est désespérée», affirme maître Dabouz, qui explique encore que le gréviste dans une action désepérée fait entendre sa voix  à travers son corps. C’est d’ailleurs le cas des avocats d’Oran qui ont fait grève à Alger il y a quelques mois.
Mort
Les agents des bases pétrolières de Sonatrach au Sud en sont à leur cinquième journée de grève de la faim. Revendications : il y en a exactement neuf, mais elles se résument essentiellement au rythme du travail en exigeant pour tous les travailleurs 4/4, obtenir des contrats à durée indéterminée, une prime de port d’arme… La semaine dernière, les travailleurs et même des cadres ont boycotté la cantine dans les bases de vie de Sonatrach.
Des pertes financières faramineuses sont enregistrées. «Nous sommes servis à table comme d’habitude, mais une fois les plats déposés, nous quittons la cantine. Une manière pour nous de protester», nous confie un travailleur. Ils ont protesté contre une problématique salariale puis sur la question de la retraite anticipée.
L’ancien candidat à la présidentielle et président du Front national algérien (FNA), Moussa Touati, est depuis quelques jours à l’hôpital de Médéa dans un état critique, après plus de 10 jours de grève de la faim. Pour dénoncer  «les agissements des autorités locales», M. Touati avait entamé une grève de la faim «dans le bureau du chef de cabinet de la wilaya de Médéa, et a refusé de sortir tant que sa situation ne sera pas réglée». Selon Moussa Touati «les autorités locales et à leur tête le président de l’APC de Médéa ont démoli un mur sans préavis qu’il a érigé à l’entrée de sa propriété située dans un quartier résidentiel de la ville».
Un black-out. «Malgré les pressions exercées sur les médias, il y a de plus en plus de journalistes qui se mobilisent pour les grévistes de la faim, au prix de leur emploi parfois, lorsque la cause est noble. Par contre, il y a des causes pour lesquelles les médias ne se mobilisent pas beaucoup non pas à cause de pressions mais parce que la cause défendue ne convainc pas. Et derrière les médias, les opinions réagissent de même», explique le sociologue Mohamed Kouidri.
Prison
En prison, explique maître Dabouz, «c’est la seule et unique méthode de protestation». D’ailleurs on se souvient de ces 50 Algériens qui, en octobre dernier, avaient observé une grève de la faim dans un centre de rétention d’étrangers à Barcelone. Ils refusaient d’entrer à la cantine pour manger et de regagner leur chambre.
Des démarches qui n’ont pas pour autant permis d’aboutir. Exception faite des enseignants contractuels ayant fait une grève de la faim de 45 jours en 2011 pour être recrutés. En mars dernier, le général à la retraite Benhadid avait entamé, à la prison d’El Harrach, une grève de la faim qui a duré plusieurs jours, mais il n’a pas tenu longtemps car il est atteint d’un cancer. Il réclamait, après avoir usé de toutes les voies de recours, «son droit à être jugé et d’être transféré dans un établissement hospitalier».
Il a été libéré en juillet «provisoirement pour raison de santé». Le psychologue classe cette démarche comme «une conduite inadaptée  dans la nosographie psychiatrique». D’après Khaled Keddad, psychologue de santé publique et président du Snapsy, aucune étude sérieuse sur cette conduite n’est élaborée à ce jour. S’agit-il d’un acte désespéré ? C’est plutôt un «comportement inadapté qui met en péril sa propre personne», explique le psychologue, qui tente d’analyser : «C’est  un acte à travers lequel on peut avoir des surprises.
Tout dépend aussi de l’environnement. Autrement dit, un environnement sensible ce n’est pas comme un environnement indifférent qui pousse à accepter la mort facilement».  Médicalement  «le jeûne prolongé comme la grève de la faim provoque un état de déséquilibre nutritionnel et un déficit aigu en électrolytes et en protéines essentielles, ce qui induit à échéance (cela dépend aussi de la durée et de l’état de santé de l’individu) à une souffrance, puis à une défaillance viscérale généralisée», explique le docteur Mérabet.
Aînés
Un flash-back s’impose sur le plan sociologique : la grève de la faim a été exhibée comme «arme non violente» de combat par le Mahatma Ghandi dans sa lutte pour l’indépendance de son pays. Il a été suivi par les Irlandais dans leur lutte pour l’indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni. Les Algériens aussi y ont eu recours, dans leur lutte pour l’indépendance. Aujourd’hui, ce sont surtout les Palestiniens qui continuent à l’utiliser.
«L’histoire nous apprend comment des grévistes comme Ghandi, les Irlandais ou les Algériens, et dernièrement les palestiniens ont pu rallier des peuples entiers à leurs causes grâce à leurs luttes multiformes y compris la grève de la faim», rappelle le sociologue Mohamed Kouidri.  «Ce n’est que tout récemment, au début du XXIe siècle, que la grève de la faim est de plus en plus utilisée dans des revendications partisanes, syndicales ou même personnelles.
Là aussi, l’histoire nous apprend que la mobilisation que peut engendrer l’usage de la grève de la faim pour ce genre de causes est proportionnelle à la popularité de la cause elle-même. Les hommes sont sensibles et se mobilisent pour des causes qui les ‘touchent’ par leur justesse, leur noblesse et leur sens de l’universel», conclut encore le sociologue.
Nassima Oulebsir Elwatan
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jeudi 15 décembre 2016

Harsh Facebook Posts, Jail and Now Death: A Man’s Fate Angers Algeria

TUNIS — The Algerian government is coming under criticism for its treatment of a freelance British-Algerian journalist, Mohamed Tamalt, who died in a hospital on Sunday after being imprisoned under a draconian new law that criminalizes offending the president and state institutions.
Mr. Tamalt, 42, was arrested in June, sentenced to two years’ imprisonment and fined for “defaming a public authority” and insulting the president. Posts on his Facebook page had often harshly attacked senior politicians and military officials, including the country’s ailing president, Abdelaziz Bouteflika.
He went on a hunger strike to protest his incarceration and was hospitalized in August. He spent the last three months in a coma, said Abdelkader Tamalt, his brother.
The prison administration announced that Mohamed Tamalt had suffered a stroke, which had required surgery, and that his condition had deteriorated recently because of a lung infection.
But his brother said that in a visit to the hospital, he saw that Mr. Tamalt had sustained a serious wound to the back of the head, and that he suspected the injury was the cause of his hospitalization and coma.
“When I last saw him in prison, he was O.K., then in hospital he is in a coma,” Mr. Tamalt’s brother said by telephone. “I am sure the injury has something to do with that. The injury that he had at the back of the head is the real reason that he fell into a coma.”
Mr. Tamalt’s death is an embarrassment for Algeria’s authoritarian government, and it exposes the often hidden pressures applied to the independent news media to enforce control.
It is the first time a journalist is known to have died in government detention in Algeria since its independence from France in 1962, and it comes amid tension as the president’s incapacity after a stroke in 2013 has set off a power struggle in the top echelons around him.
Some of that rivalry has played out in the news media, including leaks by insiders to newspapers exposing the corruption of some government officials and an explosion of critical commentary on social media. The government reacted by amending the penal code in February, making “insulting the head of state” and “insulting a state constituent body” criminal offenses.
Mr. Tamalt, who was based in Britain, completed a master’s degree there and obtained British citizenship, seems to be the first to fall foul of the new libel laws. He returned in June after about 15 years abroad and was notably outspoken.
He collaborated as an independent journalist with several Arabic-language newspapers, most notably El Khabar. His Facebook page included posts that were sometimes aggressively critical of the government, politicians, military officials and even their families, but it also celebrated a reunion with his grandmother after years abroad. While his writings and methods were not always admired, he was liked for his joyful mood and funny tone.
Mr. Tamalt was not arrested by the police but by intelligence agents, said Salima Tlemçani, a journalist who specializes in security and court issues.
At a funeral on Monday attended by hundreds, Abdelkader Tamalt said his brother had been harassed, deprived of sleep and brutalized by prison guards in his cell. Their family has demanded an inquiry into the conditions of the detention and is suing the prison administration, said Mohamed Tamalt’s lawyer, Amine Sidhoum.
Human rights organizations have also demanded an independent and transparent inquiry.
“This news is a very heavy blow for all those who defend freedom of information in Algeria,” Yasmine Kacha, the director of the North Africa bureau of the rights organization Reporters Without Borders, said in a statement.
“The message sent by this tragic event is terrifying: How to explain that Tamalt’s state of health was allowed to deteriorate without doing anything?” she said.
Algeria’s independent news media did not at first rally behind Mr. Tamalt, since much of the material he produced was poorly sourced and seemed to cross the line into libel, but it did report growing demands for his release and now for an investigation into his death.
“He was unfortunately much too often into libeling and sullying people’s private life that would justify judicial proceedings in any country,” said Hadjer Guenanfa, a reporter with the news agency Tout Sur l’Algérie. “But there was also some kind of overzealousness from the regime side.”
Ihsane El Kadi, the editor of an online business newspaper, Maghreb Emergent, who met Mr. Tamalt several times, said he had been “obsessed with writing against the regime.”
“They could and should have freed him when his physical condition became critical, if only through a presidential pardon,” he said.
The British government has said little on the case. British consular staff members had visited Mr. Tamalt during his detention and provided him with consular services. “We are saddened by his death,” a spokesman at the British Embassy in Algiers said by telephone on Wednesday.
Tayeb Louh, Algeria’s minister of justice, said the government was not responsible for Mr. Tamalt’s death. “We have nothing to hide,” he said in a statement on Wednesday. “We have neither the right nor the power to prevent someone from staging a hunger strike, and neither the right nor the power to intervene in court decisions.”

 New York Times
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Droits de la personne: le tournant de la politique algérienne

L’annonce le 11 décembre de la mort en détention du prisonnier politique Mohamed Tamalt montre jusqu’où va l’injustice sous le gouvernement Bouteflika. Mohamed Tamalt, qui possédait la double nationalité algérienne et britannique, avait écrit dans le passé des textes dans le quotidien algérien El-Khabar. Il vivait au Royaume-Uni depuis 2002 et y avait créé un journal en ligne dans lequel il critiquait les autorités algériennes. C’est de retour en Algérie qu’il a été arrêté, le 28 juin dernier, près du domicile de ses parents, et accusé d’avoir porté atteinte aux symboles de l’État et au président Bouteflika. Un juge d’instruction a ordonné sa détention pour offense au président de la République et diffamation envers tout corps constitué ou toute autre institution publique.
  Tous les indices laissent croire qu’il est mort des suites d’une grève de la faim mal gérée par les systèmes de justice et politique algériens. Ce n’est pourtant pas les occasions qui ont manqué au gouvernement de corriger le tir. Amnesty International avait exhorté les autorités algériennes à le libérer immédiatement sans condition et à veiller à ce que sa condamnation soit annulée. Cet organisme estime que les actions en justice visant à protéger la réputation de personnalités publiques doivent relever d’une procédure civile et non pénale.
  Selon la directrice du bureau d’Amnesty International en Algérie, Hassina Oussedik, il y a une augmentation des atteintes à la dignité humaine et une très grande régression des libertés fondamentales. Dans son rapport annuel sur l’état des droits de l’Homme en Algérie, le secrétaire national de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme, Houari Kaddour, décrit aussi une atteinte aux libertés d’expression à travers l’acharnement judiciaire contre les journalistes. Il donne des exemples d’un bâillonnement de ceux qui demandent le respect des droits de la personne et la démocratie. Dans le classement de la liberté de la presse 2016 réalisé par Reporters sans frontières, l’Algérie arrive d’ailleurs à la 129e place sur 180 pays en 2016.
  Censure
  Le pire dans cette mort est que la cour d’Alger avait confirmé en début d’août la peine de deux ans de détention fermes et une amende de 200 000 dinars prononcée contre Mohamed Tamalt. La Constitution algérienne, modifiée le 7 mars dernier, est pourtant censée garantir le droit à la liberté d’expression. Mais contrairement à ce que cette loi affirme, la liberté des médias est actuellement restreinte par la censure. Même si ces infractions ne prévoient pas de peines de prison, mais seulement des amendes, le tribunal avait d’ailleurs ordonné la détention provisoire du journaliste.
  Le 4 juillet, le tribunal avait même rejeté sa demande de libération sous caution. D’autres prisonniers politiques et défenseurs des droits de l’Homme comme Kameleddine Fekhar, Hassen Bouras, Tidjani Ben Derradj et Adel Ayachi ont aussi goûté au système de justice, et des dizaines d’autres sont traînés en justice. En Algérie, des poursuites pénales continuent d’être ouvertes contre les défenseurs des droits de la personne qui s’expriment sur la situation de ces droits. L’État considère la protection des droits de l’Homme comme une activité subversive.
  Au fond de cette affaire se trouve le manque d’indépendance de la justice par rapport au pouvoir politique. Amnesty International veut d’ailleurs une enquête indépendante, approfondie et transparente sur les circonstances de la mort de Mohamed Tamalt. Ce décès est un élément de poids dans le dossier des infractions aux droits de l’Homme en Algérie. Tout pays qui fait ou qui désire faire affaire avec le gouvernement algérien doit maintenant composer avec le fait qu’il cautionne un gouvernement qui laisse mourir en prison un opposant politique qui n’a fait que dénoncer le régime sur Internet.
  Martyr de Bouteflika
  Avoir laissé mourir en prison ce journaliste pour avoir écrit un banal blogue sur Internet est un comble qui marque la véritable position politique de ce gouvernement. Le culte de la personnalité du président Abdelaziz Bouteflika obnubile tout le système judiciaire de son gouvernement. Mohamed Tamalt vient de devenir le martyr personnel du président Abdelaziz Bouteflika, qui inaugurait comme si de rien n’était, le 11 décembre, une partie de la ville de Sidi Abdellah et la nouvelle ligne ferroviaire Birtouta-Zeralda. La mort d’un prisonnier d’opinion condamné pour ses écrits sur Facebook marque un tournant dans la politique algérienne. Quand les livres d’histoire parleront de Mohamed Tamalt, ils ne pourront que constater qu’il a été une victime innocente d’un gouvernement qui pousse le dénigrement des droits de la personne très loin au-delà de ses limites acceptables.

LEDEVOIR
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mercredi 14 décembre 2016

Lawyer: Algerian journalist on hunger strike dies

A lawyer says an Algerian journalist on a hunger strike to protest a two-year sentence for offending President Abdelaziz Bouteflika has died in a hospital in the capital.
Journalist Mohamed Tamalt died Sunday after falling into a coma following months of a hunger strike, his lawyer Amine Sidhoum told The Associated Press.
Amnesty International, which had called for the release of the 41-year-old Tamalt, asked Algerian authorities in a statement to "launch an independent, in-depth and transparent inquiry" into his death.
Tamalt was arrested in his Algiers home in June. He was convicted of "harming the institutions of the republic" and "offending" Bouteflika following critical pieces posted on his Facebook page. He was transferred to an Algiers hospital in August after going on a hunger strike.

MIAMI HERALD


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Démissionnez monsieur Tayeb Louh ! Par Abdou Semmar

Lettre ouverte à Monsieur Le Ministre de la Justice, Tayeb Louh 
Monsieur Le Ministre,

Notre confrère Mohamed Tamalt, emprisonné à la suite d’une condamnation relative à l’exercice de sa profession, vient de décéder à la suite d’une longue grève de la faim. Ce jeûne de protestation est l’ultime recours dont dispose une personne pour faire valoir ses droits. C’est une protestation non-violente qui interpelle toutes les consciences. Il est évident que la gestion de ce genre de situation n’est pas facile pour les responsables de la justice, qui gardent toutefois la possibilité de procéder à une alimentation forcée par sonde gastrique, et dans le cas de Mohamed Tamalt, à lui administrer quotidiennement son traitement antidiabétique.
Une enquête indépendante et impartiale déterminera le degré de responsabilité de toute la chaîne de commandement judiciaire, depuis le verdict du tribunal et jusqu’à la gestion quotidienne de cette situation en passant par l’autopsie opérée sans l’accord de la famille et pour finir, l’ultime intervention du Procureur de la République de Koléa dont la compétence territoriale semble mise en cause. La réponse à toutes ces questions, ne ramènera pas Mohamed Tamalt à la vie, mais elle aura le mérite de lever le voile sur certaines zones d’ombre et de redorer, fut-ce un tout petit peu, l’image largement ternie de la justice dans notre pays.
Il vous appartiendra donc à vous, en tant que premier responsable de la machine judiciaire de faire en sorte de procéder aux enquêtes nécessaires et de prendre les décisions justes qui s’imposent.
Mais dès l’instant qu’il y a mort d’homme et quel que soit le niveau d’entêtement de la victime qui aurait par son comportement compliqué la gestion de son cas, il y a forcément des responsabilités qui sont établies et auxquelles personne ne doit échapper.
La vôtre, Monsieur Le Ministre est entièrement engagée non pas à titre individuel mais au titre de votre fonction et de votre situation régalienne. Vous êtes le premier responsable de la justice de par vos fonctions et vous avez de ce fait beaucoup d’avantages mais aussi certains devoirs, dont le moindre est d’assumer entièrement les couacs de votre administration.
Vous vous honorerez monsieur Le Ministre en présentant votre démission après avoir pris les dispositions nécessaires pour situer les responsabilités au sein de votre administration.
Sachez monsieur Le Ministre qu’en tant que journaliste, je ne partage ni les méthodes ni le contenu des écrits pour lesquels la justice l’a condamné en s’appuyant probablement sur des arguments fondés. De même que je souhaite vous convaincre que ma démarche n’obéit pas, loin s’en faut à je ne sais quel réflexe corporatiste, ni à une solidarité aveugle, ni à un panurgisme de mauvais aloi. Elle procède de la défense de la liberté de chacun de nous de s’exprimer dans le respect strict des droits et des devoirs garantis par la loi. La liberté de pensée et la liberté de d’exprimer sont indissociables. Elles sont constitutives de notre profession et doivent de ce fait être protégées.
Des agents relevant de votre autorité sont impliqués dans cette mort inadmissible. Je ne doute pas que votre sens des responsabilités et les exigences de votre conscience, vous rappellent à votre devoir en tant qu’homme d’abord et en tant que ministre ensuite, et vous appellent à vous honorer en présentant votre démission. Il y va de votre honneur et de celui de la justice.


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Exclusif. Détournements de logements/ La justice impuissante face à l’entourage de Tayeb Louh

orruption, présentez-les à la justice !” Telle était la récente injonction du ministre de la Justice, Tayeb Louh, aux Algériens qui voyaient les affaires de corruption et de détournements de deniers publics défiler sous leurs yeux.  Tayeb Louh promet depuis des lustres qu’aucun haut responsable ne touchera à l’indépendance de la justice lorsque celle-ci est saisie pour une affaire de corruption. Quel leurre ! Algérie-Focus révèle, ici, les dessous d’une affaire de détournement de logements publics et de gestion douteuse des finances d’un organisme public relevant du ministère du Travail,  dirigé par Tayeb Louh de 2002 à 2013. Un dossier dans lequel de nombreux personnages de son entourage sont directement impliqués. Enquête. 
De quoi s’agit-il ? Ce dossier, intitulé les logements du FNPOS, traite de la gestion chaotique de logements financés par le Fonds national de péréquation des œuvres ociales (FNPOS), un établissement public à gestion spécifique (E.P.G.S) créé par la loi 83 – 16 du 02 Juillet 1983. Sa principale mission consiste à aider et soutenir les salariés cotisants à financer l’accession à un logement social participatif ou à la construction d’un logement rural, ainsi que d’entreprendre toutes actions et mobiliser toutes sources de financement pour la création et gestion des structures de repos et de détente au profit des travailleurs salariés. Les critères auxquels se réfèrent le FNPOS pour distribuer des logements sont l’ancienneté du salarié, sa situation sociale, le niveau de son salaire, etc.  En août 2006, un certain Athmane Sebaâ a été nommé premier responsable de cet organisme à l’importance stratégique. Un organisme qui avait lancé la construction de plusieurs logements à travers de nombreuses wilayas. Avec des chantiers de 200 logements par wilaya, le FNPOS devait distribuer, entre 2006 et 2009, pas moins de 4000 logements.
Le protégé de Tayeb Louh 
Ahtmane Sebaâ est un protégé du ministre Tayeb Louh. Il a, d’ailleurs, été pendant neuf ans à la tête du FNPOS. Tayeb Louh avait chargé l’un de  ses bras droits, Salah Kheniche, qui demeure encore un des responsables du cabinet du ministre de la Justice, d’assurer la protection de Athmane Sebaâ. Pourtant, ce dernier a rapidement défrayé la chronique et un rapport détaillé de l’Inspection Générale des Finances (IGF), établi depuis 2008, a  accablé M. Sebaâ avec preuves à l’appui. Ce rapport, dont nous détenons une copie grâce à notre collaboration avec l’Association nationale de lutte contre la corruption, dévoile toutes les pratiques frauduleuses qui ont conduit au licenciement de plus de 200 cadres intègres du FNPOS ainsi que la distribution inéquitable de plusieurs logements publics. L’IGF a prouvé que des cadres de la Présidence de la République se sont accaparés de plusieurs appartements dans la wilaya d’Alger. Des enfants de responsables de l’UGTA, qui siégeaient dans le conseil d’administration du FNPOS, ont occupé des logements dans de nombreuses wilayas comme Oran et Sidi Bel-Abbès. Des opérateurs économiques privés, des entrepreneurs, ont été avantagés, en faisait fi de la réglementation en vigueur, pour obtenir des marchés de construction de logements publics. Malgré des charges lourdes et des preuves accablantes, Athmane Sebaâ est resté aux commandes sans qu’aucune autorité n’ait perturbé sa quiétude.
Une plainte sans suites 
Pis, en 2012, la cellule anti-corruption de la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme (LADDH) a déposé plainte au niveau du tribunal de Hussein Dey à Alger, pour exiger que la vérité sur ce scandale à la suite du rapport de l’IGF soit faite. Jusqu’à aujourd’hui, cette plainte n’a pas fait bouger les juges. Elle est restée lettre morte. La LADDH a même adressé une lettre au procureur de la République auprès du Tribunal de Hussein Dey pour l’interpeller sur ce dossier sensible. Et là encore, aucune réaction.
lettre-de-la-laddh
Que dit exactement le rapport de l’IGF ?
Dans ce rapport, remisé aux palcards de la justice, il est clairement expliqué que depuis l’installation de l’actuel directeur général du F.N.P.O.S, SEBAA Athmane, en Août 2006, la gestion de cet organisme (F.N.P.O.S) a été caractérisé par plusieurs irrégularités, dépassements et malversations, plus particulièrement en ce qui concerne la passation des marchés, la gestion des moyens humains et matériels et l’attribution de logements. Une forte mobilité du personnel a été constaté depuis l’arrivée de ce responsable à la tête du F.N.P.O.S, conséquence d’un abus de pouvoir caractérisé en matière de gestion des ressources humaines.
igf-27
En ce qui concerne de la distribution de logements, de nombreuses anomalies ont été enregistrées dans les modalités de sélection des bénéficiaires au niveau de certaines wilayas, plus singulièrement les wilayas d’Alger, d’Oran, de Tlemcen, de Sidi bel Abbés et de Djelfa. Ces irrégularités concernent essentiellement, l’introduction de centaines d’indus bénéficiaires en transgression de la procédure réglementaire arrêtée par la tutelle.
Par ailleurs, des retards considérables ont été enregistrés en matière de distribution de logements réceptionnés depuis plusieurs années. Ces retards sont dus essentiellement à :
> La procédure de gestion, longue et coûteuse, des prestations imposées par les instances du Fonds (Conseil d’Administration et Ministère de Tutelle)
> Personnels chargé de la gestion des prestations inexpérimenté et manquant de compétences et de  qualification ;
> Manipulation des listes des bénéficiaires par l’actuel directeur général du F.N.P.O.S, notamment les listes des wilayas citées ci-dessus ;
> Manœuvres du directeur général du F.N.P.O.S en vue de retarder au maximum la cession au profit des bénéficiaires et ce, pour pouvoir tirer profit auprès des sociétés de gardiennage.
Il est à noter que ces retards ont causé des charges supplémentaires supportées indûment par le Fonds du fait des travaux de réhabilitation de sites et des frais engagés pour leur gardiennage. En matière de passation de marchés, plusieurs défaillances ont été enregistrées, tant au niveau de la direction générale qu’au niveau des directions des antennes régionales (D.A.R). Cette gestion a été caractérisée par des transgressions caractérisées aux procédures en vigueur et un favoritisme flagrant au profit de certaines entreprises.
Des entrepreneurs choyés et favorisés au détriment de la loi  
Le constat le plus accablant dressé par l’IGF concerne surtout la consultation d’entreprises sans qu’elles n’aient au préalable un plan de charge avec les structures du FNPOS : C’est le cas notamment de ces deux entreprises (E.T.B Benkaddour Lazreg et l’E.T.B Mezouani Abdellatif) qui ont été consultées directement, alors qu’elles n’avaient, au préalable, aucun plan de charge avec les directions des antennes régionales (D.A.R) concernées. A titre d’exemple, on peut citer les cas suivants :
> Marché conclu entre la direction de l’antenne régionale (D.A.R) d’Oran et l’E.T.B Benkaddour Lazreg pour la réalisation des travaux de V.R.D du projet des 264 logements à Kharrouba (W. de Mostaganem) pour un montant de 45.988.482,23 DA.
> Convention conclu entre la direction de l’antenne éégionale (D.A.R) de Chlef et l’E.T.B Mezouani Abdellatif pour la réhabilitation du projet des 100 logements à Tiaret pour un montant de 2.589.578,69 DA.
Par ailleurs, il a été procédé à l’élimination des entreprises ayant été retenues initialement pour confier les marchés en fin de compte à l’E.T.B Benkaddour Lazreg sur la base d’une consultation. C’est le cas notamment des projets suivants :
o Marché de réalisation des 100 logements à SAIDA ;
o Marché réalisation des travaux VRD des 264 logements à Kharrouba (W. de MOSTAGANEM) ;
o Marché de réalisation des restes à réaliser (R.A.R) des 40/120 logements à Sig (W.de MASCARA) ;
o Marché de réalisation des restes à réaliser (R.A.R) du lot menuiserie en bois des 50/200 logements à Djidiouia (W.de RELIZANE).
D’autre part, l’IGF a découvert également des surévaluation des coûts. C’est notamment le cas des projets suivants :
> Projet de réalisation de travaux de viabilisation du site des 1301 logements à Saoula, confié à l’E.T.B Bouafia pour un montant de 260.000.000,00 DA. Ce montant a été revu à la hausse par la conclusion d’avenants pour un montant de 40.000.000,00 DA. Contrat d’étude des 1301 logements à Saoula confiés au B.E.T ArchiI Kuest pour un montant de 65.000.000 ,00 DA. Projet de réalisation de travaux de réhabilitation du siège (D.G) du fonds à Garidi pour un montant dépassant les 8.000.000,00 DA. Ces travaux n’ont pas été réceptionnés par la direction technique pour divers motifs.
igf-1
Attribution de logements à des “copains” et fils de hauts responsables  
Rien que dans la wilaya d’Alger, de nombreuses irrégularités et dépassements ont été découverts dans le processus d’attribution de logements du FNPOS, à l’instar de l’inexistence du «registre des demandes de logements » et du «registre des dossiers rejetés » au niveau de la DAR. Une durée très longue a été constatée entre la date limite de dépôt des dossiers (août 2005) et la date de la première réunion de la commission de wilaya pour la sélection des bénéficiaires (février 2008).
Autre anomalie : la non convocation des postulants présélectionnés en vue de compléter et de mettre à jour leurs dossiers. Cette phase de la procédure peut être très importante, sachant que la situation familiale, les conditions d’hébergement et le niveau de revenus de chaque présélectionné peuvent connaître des changements. Les PV de la commission ne comportent pas la signature de tous les membres présents et ce, en violation des dispositions de la procédure (point 6.6).
Pour ce qui est des listes des demandeurs, des présélectionnés et des bénéficiaires, un nombre de 868 demandes a été déposé après la date limite de dépôt (le 31/08/2005) prévue par l’avis de presse paru en juin 2005. Pourtant, selon la procédure en vigueur, la liste des bénéficiaires définitifs est arrêtée par la commission de wilaya à partir de la liste des postulants présélectionnés. Or, il a été constaté un nombre de 467 bénéficiaires ne figurant pas sur la liste des présélectionnés. Ce sont des noms qui ont été ajoutés par le DG après son installation :
igf-3
> Des bénéficiaires au nombre de onze (11) ont obtenu une note inférieure ou égale à 40 points. Or, la liste des présélectionnés validée par la commission en date du 23/07/2007, est composé de 11760 postulants ayant tous obtenu une note supérieure ou égale à 80 points ;
> Parmi les bénéficiaires retenus en dehors de la liste des présélectionnés, figurent les catégories suivantes :
 Personnel du FNPOS ;
 Personnel de la Présidence de la République ;
 Personnel du ministère du Travail et de la Sécurité Sociale
  Proches des membres du conseil d’administration, il s’agit des cas suivants :
Houari Fouad né le 04/11/1972 fils de Houari Moussa ;
Boudali Tarek né le 22/07/1980;
 Bougouffa Ismail né le 08/07/1980;
 Saadoune Riad né le 07/11/1977;
Sahari Nabil né le 18/07/1977;
Sahari Mohammed né le 12/05/1975;
 Tehami Med Tahar né le 12/02/1984 …
Notons également que certains postulants retenus dans la liste des bénéficiaires n’ont même pas déposé de dossiers. C’est entre autres le cas de Mebarek Med Amine né le 30/03/1982). Le rapport de l’IGF rapporte aussi que les dossiers de plusieurs postulants retenus ont été déposés juste avant la date de réunion de la commission de wilaya ayant validé la liste des bénéficiaires au nombre de 3221 (PV du 10/03/2008), d’autres demandes ont été déposés même après cette date ; à titre d’illustration, il y a lieu de citer les exemples ci-après :
A titre d’exemple, nom et prénom Date de naissance Date de dépôt de la demande
Benzineb A/Rahmane 24/01/1984 02/03/2008
Tehami Med Tahar 12/02/1984 31/12/2007
Bessa Zakia 09/03/1964 19/04/2008
Aoufi Billel 27/09/1983 27/03/2008
Bendris Samir 26/05/1967 07/04/2008
Alouane Boualem 24/03/1959 13/03/2008
Certains parmi les bénéficiaires ne résident même pas dans la wilaya d’Alger, à l’exemple de Tehami Med Tahar (à Constantine) et Aoufi Billel.  Toutes ces irrégularités ont été constatées et dénoncées par le rapport de l’IGF. Mais ce dernier n’a donné lieu a aucune poursuite judiciaire. Au contraire, la justice a fait la sourde oreille. Les gens de la Présidence, les enfants des hauts responsables du ministère du Travail ou du conseil d’administration du FNPOS, se sont accaparés plusieurs logements et aucun juge n’a bougé le petit doigt pour ouvrir une enquête. Le clan de Tayeb Louh, qui a “régné” sur le ministère du Travail et de la Sécurité Sociale pendant plus de 10 ans, a protégé le DG du FNPOS, Athmane Sebaâ, pendant très longtemps en dépit de toutes ces pratiques frauduleuses. Il aura fallu l’arrivée de Mohamed El Ghazi au ministère du Travail pour que M. Sebaâ soit limogé en avril  2015. Et depuis 2008, le FNPOS a distribué 13.700 logements sur un programme de 24.682 logements à l’échelle nationale. Et au regard de la gestion “mafieuse” du FNPOS, un nombre encore indéterminé de ces logements a été accordé à des personnes qui ne sont nullement dans le besoin. Et pendant ce temps, les vrais nécessiteux attendent depuis de longues années un toit décent.

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mardi 13 décembre 2016

« La mort du journaliste Mohamed Tamalt aurait pu être évitée »

Hassina Oussedik, directrice d’Amnesty International Algérie, analyse la situation des droits de l’homme dans le pays après la mort en prison du journaliste algéro-britannique.

Plusieurs centaines de personnes ont assisté, lundi 12 décembre à Alger, à l’enterrement de Mohamed Tamalt, mort la veille alors qu’il purgeait une peine de deux ans de prison pour « offense au président de la République ». Agé de 42 ans, le journaliste algéro-britannique avait été condamné en juillet en raison de contenus publiés sur sa page Facebook dans laquelle il s’attaquait, parfois de façon très véhémente, à des responsables politiques.

Hospitalisé fin août après trois mois de grève de la faim, il est décédé dimanche à l’hôpital, des suites d’une « infection pulmonaire », selon l’administration pénitentiaire. Ce décès d’un journaliste en prison – une première dans le pays – a provoqué une vive émotion en Algérie. Hassina Oussedik, directrice d’Amnesty International Algérie, décrypte la situation des droits de l’homme dans le pays.
Mohamed Tamalt est mort en prison pour des écrits. Comment expliquez-vous qu’une telle chose ait pu se produire ?
Hassina Oussedik Il est incompréhensible qu’on en arrive à un drame pareil. Nous demandons à ce qu’une enquête indépendante, approfondie et transparente, soit menée sur les causes de son décès, en accord avec la famille. Mohamed Tamalt s’était mis en grève de la faim fin juin pour protester contre son incarcération. Le 9 août [lors de son procès en appel], il avait déclaré devant le procureur général avoir subi des violences et des insultes de la part des gardiens de prison. Ses avocats avaient déposé une procédure. Le ministère de la justice avait été saisi, et une enquête devait être ouverte sur ces accusations de violences. Les informations ont-elles été transmises à l’administration pénitentiaire ? La dernière fois que nous avions eu des nouvelles, c’était il y a un mois, lorsque son frère a annoncé que son état de santé avait empiré. Les avocats de Mohamed Tamalt avaient demandé à ce que des mesures soient prises en raison de son état de santé qui ne cessait de se dégrader.
Vous confirmez qu’il s’agit du premier cas de journaliste mort en prison ?
C’est le premier cas dont Amnesty International a connaissance. Ses avocats avaient communiqué sur son état de santé, et des députés auraient demandé au ministre de la justice les raisons de son transfert de la prison à l’hôpital. Les associations travaillent dans des conditions difficiles, qui limitent leurs capacités de suivi des violations des droits humains.
Quel bilan faites-vous de la liberté de la presse en Algérie ?
La révision de la Constitution en février a permis de renforcer la liberté des médias. Le délit de presse ne peut plus être sanctionné par une peine privative de liberté. Les libertés d’expression, de manifestation et de réunion sont également garanties par la Constitution, mais elles le sont « dans le cadre de la loi et du respect des constantes et des valeurs religieuses, morales, et culturelles de la Nation ». Or, plusieurs articles du code pénal, relatifs à la diffamation ou l’outrage à des personnalités publiques et aux institutions de l’Etat, permettent aux autorités de sanctionner pénalement des propos, des caricatures ou des informations jugés diffamatoires. Cet arsenal juridique permet de réduire au silence des journalistes, des militants, des blogueurs. Ces dernières années, un certain nombre d’entre eux ont ainsi été arrêtés, inculpés puis relâchés. Amnesty International demande à ce que les actions en justice visant à protéger la réputation de personnalités politiques ou d’institutions publiques relèvent d’une procédure civile et non privative de liberté. Si ça avait été le cas, on aurait évité une telle tragédie.
Les écrits de M. Tamalt étaient parfois très virulents...
Nous n’avons pas à réagir sur le contenu. Si certains estiment que des propos sont diffamatoires, ils peuvent entamer une action en justice, c’est leur droit. Mais ce type d’infractions ne doit pas entraîner de sanctions pénales.
Il existe pourtant en Algérie quantité de journaux, sur papier ou en ligne, qui sont parfois très critiques vis-à-vis du pouvoir. Pourquoi certains sont-ils sanctionnés, d’autres non ? Quelles sont les lignes rouges ?
Il semble qu’il n’y ait pas de lignes rouges précises, ou, du moins, on n’arrive pas à les cerner, ce qui complique sensiblement le travail des militants des droits humains. On peut en effet noter une liberté de ton et d’expression pour les médias. Mais le maintien de lois liberticides ou d’articles ambigus permet aux autorités de sanctionner et de fragiliser la société civile lorsqu’elles le veulent. Il est difficile de comprendre la logique ou la cohérence des autorités. Prenez l’exemple des manifestations à Alger, interdites depuis un décret de 2011. Certaines sont tolérées et se déroulent sans aucun problème. D’autres sont violemment réprimées, des personnes sont arrêtées, emmenées au poste de police, puis libérées au bout de quelques heures. La seule véritable question à se poser concerne la construction d’un Etat de droit, garant des droits fondamentaux des citoyennes et citoyens.
Au-delà de la presse, qu’en est-il de la situation des droits de l’homme ?
Ce que je viens de décrire au sujet de la presse s’applique aux autres libertés fondamentales. La situation est confuse. La réforme de la Constitution a permis certaines avancées sur le papier, mais les implications concrètes demeurent floues en raison de dispositions qui conditionnent ces droits à des lois nationales qui, bien souvent, posent problème. Un exemple : la nouvelle loi sur les associations promulguée en 2012, qui était censée mieux organiser le champ associatif. Amnesty International Algérie a déposé, comme prévu, ses documents de mise en conformité [avec le nouveau texte], mais n’a pas pu obtenir le récépissé d’enregistrement, et le ministère de l’intérieur, qui aurait dû répondre dans les quatre-vingt-dix jours, ne l’a toujours pas fait. Un grand nombre d’associations sont dans la même situation, ce qui les maintient dans une situation de vulnérabilité vis-à-vis du pouvoir. Ainsi, l’Etat algérien engage des réformes pour consolider les droits humains mais au final, on constate un net recul des libertés fondamentales.
Dans ce contexte, que peuvent faire les associations de défense des droits humains ?
Ces associations et, de manière plus générale, la société civile, continuent à travailler sur le terrain, à faire pression pour un changement du cadre juridique et s’engagent fortement auprès des jeunes. De plus en plus, ces dernières années, elles travaillent en réseau. L’avancée la plus notable réside dans l’émergence d’une société civile, notamment d’associations de jeunes, très riche, variée, créative, qui agit sur l’ensemble du territoire avec souvent peu de moyens, mais que l’Etat algérien refuse de reconnaître comme partenaires.

LE MONDE
 
 
 
 
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Si j'étais... Mohamed Tamalt

Le journaliste algérien Mohamed Tamalt est mort dans des cicrconstances très floues dimanche en prison. Il était incarcéré pour "offenses aux institutions et au président." Karl Zéro s'imagine à sa place.

Si j’étais Mohamed Tamalt, je serais un journaliste algérien qui vient de mourir en prison. J’étais incarcéré pour insulte au président algérien, le toujours en exercice Abdelaziz Bouteflika, mort également, mais sans qu’il ne veuille le reconnaître, lui. Mon pays est donc dirigé par un mort, avec à sa solde une ribambelle de morts-vivants qui lui font croire qu’il est vivant, et pour ce faire astiquent religieusement sa statue tous les matins. Mais comme ils en vivent grassement, on ne peut pas leur en vouloir. Faut bien croûter, n’est ce pas ? L’Algérie, c’est Walking Dead au pays de l’or noir. Et la base line, c’est "dans le Djebel personne ne vous entendra crier".
Si j’étais Mohamed Tamalt, je serais bien forcé de vous parler de moi au passé : je vivais en Angleterre, possédant la double nationalité algérienne et britannique. J’écrivais tous les jours sur ma page Facebook, je disais franchement ce que je pensais des généraux, du pseudo-FLN, de cette clique invraisemblable qui dirige le pays depuis 54 ans. Ces gens avec qui, vous les Français, faites du business depuis qu’ils vont ont chassés, tout en vous laissant plus ou moins accès à notre pétrole dans le sud.
Bref, j’écrivais des textes polémiques, et des poêmes. Par exemple, en 2015, je me suis attaqué à M. Saïdani, secrétaire général du FLN jusqu’à octobre dernier, mettant en doute son honnêteté. Il m’a téléphoné, et j’ai enregistré ce qu’il me disait : "Écoute moi, espèce de chien, fils de chien, fils de chienne, espèce de minable, sois maudit, viens ici m’affronter en homme, minable fils de minable !" Vous voyez l’ambiance.

Arrêté en rendant visite à mes parents

Début juin, je suis allé voir mes vieux parents en Algérie. Mauvaise idée. Je pensais que même si on critique le régime algérien sur internet on a le droit d’aimer ses parents. En fait, non. Le 27 juin, j’ai été arrêté devant chez eux, et aussitôt placé en détention. J’ai fait remarquer au juge que la constitution algérienne ayant été amendée le 7 mars, elle me garantissait un droit à la liberté d’expression, en vertu de l'article 48. Il m’a répondu : "Taratata, offense au Président de la République et diffamation envers tout corps constitué ou toute autre institution publique" ça veut dire en prison, M. Tamalt. J’ai dit : "Au pire, ce qui est prévu dans votre loi, c’est une amende mais en aucun cas de la prison." Il m’a dit : "Ah bon? Alors prison en préventive ! " et je me suis retrouvé en cellule.
Si j’étais Mohamed Tamalt, le 11 juillet dernier, un tribunal d’opérette m’aurait condamné à 2 ans de prison ferme. Amnesty International a eu beau demander aux autorités de me libérer sans conditions, et d’annuler cette condamnation, les autorités n’ont pas répondu. J’ai alors entamé une grève de la faim, ce qui quand on est diabétique n’est pas une idée terrible en soi, mais franchement... il ne me restait que ça. On ne peut pas dire que mes collègues de la presse algérienne se soient beaucoup bougés. Même pas une oreille, mais je ne leur en veux pas, car faut bien croûter. Les surveillants de la prison non plus d’ailleurs, ça les faisait même plutôt marrer de voir un gros comme moi maigrir aussi rapidement. La suite et la fin de mon histoire, c’est un communiqué de l’administration pénitentiaire algérienne qui vous la raconte: "Le prisonnier Tamalt a bénéficié d’un suivi médical et de médicaments mais il a eu un accident vasculaire cérébral qui a nécessité une intervention, puis son état s’est subitement dégradé en raison d’une infection pulmonaire et il est décédé."

Un peu comme Polnareff, quoi, mais en vrai. Je n’attends rien de la France, car elle ne fera rien. Je n’attends rien de l’Algérie, car elle ne s’excusera jamais. J’attends juste que les Algériens se réveillent d’un cauchemar qui dure depuis 54 ans.

Francetvinfo

 

 

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lundi 12 décembre 2016

Algérie: foule à l'enterrement d'un journaliste mort en détention


Algérie: foule à l'enterrement d'un journaliste mort en détention


Alger - Des centaines de personnes ont assisté lundi à Alger à l'enterrement d'un journaliste algérien mort alors qu'il purgeait une peine de prison pour offense au président de la République, a constaté un photographe de l'AFP.

La mort en détention du journaliste Mohamed Tamalt, une première en Algérie, a suscité de nombreuses protestations des organisations de défense des droits de l'Homme.

Critique du pouvoir, cet homme de 42 ans avait été condamné en juillet à deux ans de prison pour offense au président de la République Abdelaziz Bouteflika en raison de contenus publiés sur sa page Facebook.

Hospitalisé fin août, il est mort dimanche dans un hôpital d'Alger après plus de trois mois de grève de la faim suivie d'un coma de trois mois, selon son avocat Me Amine Sidhoum.

Le décès est due à une infection pulmonaire, a de son côté précisé l'administration pénitentiaire.

M. Tamalt était soigné pour cette infection découverte par les médecins il y a dix jours, selon un communiqué officiel, dont l'AFP a obtenu une copie.

Cette fin dramatique aurait pu être évitée n'était-ce ce zèle mis à la sacralisation de tout ce qui a trait à la personne du chef de l'Etat, a déploré le président du Syndicat national des journalites algériens (SNJ), Kamel Amarni.

Dans cette affaire, le pouvoir en endosse l'entière responsabilité morale pour, au moins, non assistance à personne en danger, du fait même du maintien de notre confrère en détention malgré la dégradation de son état de santé, a-t-il poursuivi.

Mohamed Tamalt a été enterré au cimetière de Bachdjarah où il a grandi, un quartier populaire d'Alger qui fut un fief islamiste.

Une prière des morts a été accomplie dans une mosquée du quartier où a été transporté le cercueil couvert du drapeau national algérien.

Ce décès n'est pas pour soigner l'image d'un Etat qui, en matière de respect des droits de l'Homme, a squatté durablement le bas des classements, a jugé le quotidien Liberté.

De son côté, le journal El Watan a évoqué l'embarras du pouvoir face à cette première dans l'histoire de la presse algérienne qui a payé dans les années 1990 un lourd tribut à sa liberté, avec une centaine de journalistes assassinés par les groupes armés islamistes.

Mohamed Tamalt avait entamé une grève de la faim le 27 juin, jour de son arrestation, selon l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW).

Il avait été condamné le 11 juillet à deux ans de prison ferme et le jugement avait été confirmé en appel le 9 août.

Les accusations portées contre M. Tamalt étaient relatives à des contenus diffusés sur sa page Facebook, notamment (...) un poème contenant des vers insultant M. Bouteflika, selon HRW.

M. Tamalt, qui possède également la nationalité britannique, animait une page Facebook suivie par près de 10.000 personnes et sur laquelle il publiait des contenus mettant en cause des responsables du pays ou des membres de leur famille.

HRW et Amnesty International avaient demandé dans le passé aux autorités algériennes de libérer le journaliste sans condition et de faire annuler sa condamnation.

Amnesty international a appelé dimanche les autorités algériennes à ouvrir une enquête indépendante, approfondie et transparente sur les circonstances de la mort du journaliste.

Romandie
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